—Je verrai, je ne sais pas, je vais y réfléchir.

—Oh! merci! Miss Ethelton!... ah! quel malheur, elle est partie! me voilà maintenant en tête à tête avec le brouillard, le vent et les rafales de neige! Mais elle m’a dit au revoir! j’ai bien entendu au revoir et non bonjour. La pendule allait bien, après tout. Ces deux heures ont passé comme un éclair.

Il se rassit, regarda le feu d’un œil rêveur, puis soupira.

—Quelle étrange chose! Il y a deux heures je me sentais un homme libre, maintenant mon cœur est à San-Francisco.

Pendant ce temps, Rosannah Ethelton, appuyée nonchalamment dans un fauteuil placé contre la fenêtre de sa chambre à coucher, jetait un regard rêveur sur la pluie fine qui fouettait la Porte d’Or et pensait en elle-même: «Comme il me paraît différent de ce pauvre Burley, dont l’esprit borné est à peine capable d’imiter les autres!»

CHAPITRE II

Quatre semaines plus tard, M. Sidney Algernon Burley offrait un lunch brillant à ses amis dans un des somptueux salons de Telegraph Hill, et agrémentait sa réception d’imitations des voix et des gestes de certains acteurs populaires à San-Francisco.

Très élégant, il avait une tenue soignée, paraissait plutôt gai, mais cependant regardait la porte avec une insistance qui dénotait de l’impatience et un certain malaise. A ce moment, un domestique apporta un message à la maîtresse de la maison: l’attitude de M. Burley changea aussitôt, son entrain diminua progressivement et son regard prit une expression d’abattement presque sinistre.

Les invités partirent un à un, laissant M. Burley en tête à tête avec la maîtresse de maison à laquelle il dit:

—Sans le moindre doute elle me fuit. Elle s’excuse chaque fois. Si seulement je pouvais la voir, si j’avais l’occasion de lui parler, ne fût-ce qu’un instant, mais cette incertitude...