—Son refus est peut-être motivé par le seul fait du hasard, monsieur Burley. Allez donc un instant dans le petit salon et distrayez-vous quelques minutes. Je vais donner un ordre pressant et monterai ensuite dans sa chambre; sans aucun doute elle ne refusera pas de vous voir.
M. Burley monta avec l’intention de gagner le petit salon, mais en passant devant le boudoir de la tante Suzanne, dont la porte était restée légèrement entrebâillée, il surprit un rire joyeux qu’il reconnut immédiatement; sans frapper à la porte et sans se faire annoncer, il entra. Aux premiers pas il entendit des paroles qui le glacèrent d’effroi et jetèrent la mort dans son cœur. Une voix disait:
—Ma chérie, le plus beau jour de ma vie est arrivé.
Rosannah Ethelton, qui lui tournait le dos, répondit:
—Vraiment, mon cher!
Il la vit se pencher, puis entendit un bruit de baisers. La rage lui rongeait le cœur. La conversation continua très tendre.
—Rosannah, je savais bien que vous deviez être ravissante, mais votre vue m’a ébloui et m’a grisé de bonheur.
—Alonzo, je suis tout heureuse de vous l’entendre dire; je sais que vous exagérez, mais je ne vous en suis pas moins reconnaissante de votre aimable pensée à mon égard. Je vous supposais un noble visage, mais la réalité m’a révélé que votre charme dépasse la faible conception de mon imagination.
Burley entendit encore un nouveau bruit de baisers.
—Merci, ma chère Rosannah! Le photographe m’a flatté, mais n’y faites pas attention. Je me sens si heureux, Rosannah!