—Hallo, hallo, Bill, je savais bien que je vous trouverais ici! Je vois que vous avez avec vous vos enfants.
La personne à laquelle s’adressait le colonel Grice était un jeune fermier, grand et fort, qui portait par-dessus ses vêtements une veste ronde d’étoffe grossière garnie de poches spacieuses. Dans chacune de ces poches étaient enfouis un pied et une moitié de jambe appartenant à un enfant d’environ deux ans. Le père tenait dans chacune de ses mains un pied de l’autre enfant qui se cramponnait à son cou en l’enlaçant de ses bras.
Les deux enfants se ressemblaient trait pour trait, à part une légère différence dans la couleur de leurs yeux. Ce monsieur, Bill Williams, père des deux enfants, avait épousé trois ans auparavant Miss Caroline Thigpea.
La naissance de ces deux jumeaux avait rempli M. Williams d’une joie exultante; il avait choisi pour eux, très peu de temps après leur venue en ce monde, les noms des descendants de Mars et de Rhée Sylvia; mais pour des raisons personnelles à lui, il modifia légèrement ces noms et les appela Romerlus et Rémerlus.
—C’est Rémus, monsieur Bill, protesta l’ami qui lui avait suggéré le choix des noms; Rémus et non Rémerlus; les vrais noms sont Romulus et Rémus.
—Non, Philippe, avait répondu M. Bill, je choisis Romerlus et Rémerlus. Mes deux fils sont nés en même temps; aussi forts l’un que l’autre, aussi bien venus, ils ont les mêmes traits harmonieux et je ne vois pas pourquoi l’un d’eux aurait un nom plus long que l’autre.
Dès qu’ils avaient été capables de se tenir debout, leur père les avait accoutumés à ce mode de voyage, et il se sentait radieux quand il s’exhibait en public avec ses deux jumeaux à cheval en croupe sur son dos.
—Je savais bien que je vous trouverais ici, Bill, avec vos deux garçons.
—En effet, colonel, je suis venu ici pour voir ces animaux et pour inculquer à mes fils les premiers éléments de géographie. Voyons Rom et Rem, ne me serrez donc pas tant, vous m’étranglez; vous voyez bien qu’il n’y a pas de danger!
Ces enfants, très dégourdis pour leur âge, s’accommodaient parfaitement de cette façon de voyager; mais quand ils se trouvèrent en présence des animaux féroces, ils furent pris de terreur et se cramponnèrent à leur père.