Le colonel Grice, revenu de la frayeur que lui avait causée la hyène, trouva drôle la peur des jumeaux.

—C’est très naturel, Bill, parfaitement naturel: certains, vous le savez, prétendent que les singes sont nos parents; vos fils sans doute n’aiment pas soutenir les regards de leurs semblables.

—Les singes ne sont ni mes parents, ni ceux de mes enfants, colonel, répondit M. Bill; si vous croyez qu’ils appartiennent à l’espèce humaine, pourquoi, vous qui n’avez pas d’enfants, ne les adopteriez-vous pas comme vôtres?

M. Bill supposait que le colonel faisait allusion à la légende de la louve; mais le colonel ne se doutait pas de l’étrange origine de Rome; sa remarque était un pur jeu d’esprit, un trait naturel de bonne humeur.

Après l’inspection des bêtes fauves, chacun regagna sa place. Le colonel Grice s’assit sur un gradin dominant l’entrée principale par laquelle devaient arriver les artistes du Cirque. M. Williams était assis au premier rang près de l’entrée opposée. Il avait sorti ses deux jumeaux de ses poches et les tenait sur ses genoux. Le colonel ne perdait pas une occasion d’attirer de son côté l’attention de l’écuyer-chef, qui lui répondait par un petit sourire bienveillant.

A ce moment, le rideau de la porte principale s’écarta, l’orchestre préluda par une marche et les chevaux-pie firent leur entrée avec leurs cavaliers silencieux qui avaient tous l’air de sortir du bain dans leur accoutrement des plus primitifs. La vieille miss Sally Casch, cousine et voisine du colonel Grice, s’écria:

—Grands dieux, Moses! Ce ne sont pas des êtres animés! Ils ressemblent à des figures de cire.

—Je vous assure, cousine Sally, que ce sont des hommes, répondit le colonel avec une candeur accentuée.

Au même instant, un clown moucheté et tout bariolé se précipita sur la piste en criant: «Nous voici, messieurs!»

—Dieu tout puissant! s’écrièrent Miss Cash et toutes les dames qui l’entouraient.