Le journal, tant bien que mal, rédige une prévision comme celle-ci: vents probables du nord-est au sud-ouest, variations vers le sud, l’ouest et l’est, sur certains points fortes dépressions barométriques; averses probables, neige, grêle, puis sécheresses suivies ou précédées de tremblements de terre avec tonnerre et éclair. Puis il termine par ce post-scriptum pour en quelque sorte parer à toute surprise: «Mais il peut se faire que dans l’intervalle cette prévision soit complètement bouleversée.»

Oui, certes, un des plus brillants fleurons de la température du New-England est son incertitude étonnante. Une seule chose paraît certaine: la diversité, la variété et le défilé interminable des variations de cette température; seulement, vous ne pouvez jamais savoir par quel bout ce défilé va commencer. Vous opiniez pour la sécheresse, et, laissant votre parapluie à la maison, vous partez gaiement en excursion; une fois sur deux vous êtes trempé. Vous redoutez l’approche d’un tremblement de terre et pour mieux supporter les secousses, vous vous mettez en quête d’un appui où vous vous cramponnerez; à ce même moment vous êtes frappé par la foudre. Ce sont là de gros mécomptes malheureusement inévitables.

La foudre dans le New-England produit des effets si particuliers que lorsqu’elle frappe un être ou un objet elle n’en laisse plus bribe reconnaissable; je vous défierais de dire si la chose ou la personne frappée était un objet de valeur ou un congressiste.

Quant au tonnerre! lorsqu’il commence à racler et à accorder ses instruments avant le concert général, les étrangers s’écrient: «Oh! quel effroyable tonnerre vous avez ici!» Mais lorsque le chef d’orchestre a levé son bâton et que le concert commence vraiment, vous voyez alors tous les étrangers disparaître, s’enfuir dans les caves et se cacher la tête dans un baril de cendres.

Il me reste encore à envisager la dimension du temps dans le New-England (je veux parler de sa dimension en longueur). Elle n’est nullement proportionnée à la grandeur de ce petit Etat. Pressez-le, empaquetez-le aussi serré que possible et vous verrez que le temps déborde toujours à New-England et qu’il se répand à plusieurs centaines de milles à la ronde sur les Etats environnants.

Le New-England ne peut maintenir la dixième partie de son temps; en essayant de le contenir cet État se fend et craquelle de toutes parts.

Je pourrais écrire des volumes sur la barbare perversité du temps dans le New-England, mais je me bornerai à en citer un simple spécimen.

J’aime à entendre tomber la pluie sur un toit de zinc; aussi, pour m’offrir ce plaisir, ai-je couvert en zinc une partie de mon toit. Vous vous figurez peut-être, monsieur, qu’il pleut sur ce zinc? Et bien non, la pluie passe par-dessus toutes les fois.

Notez bien que dans mon discours je me suis tout bonnement proposé de faire honneur au temps de New-England sans prétendre lui rendre justice; mais, somme toute, ce temps présente une ou deux particularités (ou si vous aimez mieux produit certains effets), auxquelles nous autres résidents nous renoncerions difficilement.

Si nous n’avions pas notre feuillage enchanteur d’automne nous devrions quand même être reconnaissants au temps de la forme qu’il revêt pour nous dédommager de tous ses caprices malfaisants (je veux parler de la tourmente de glace). A ce moment-là, l’arbre dépouillé de ses feuilles est habillé de glace du sommet au pied, d’une glace aussi brillante et aussi claire que le cristal; chaque branche est parsemée de perles glacées de gouttes de rosée cristallisées, et l’arbre tout entier étincelle froid et blanc comme l’aigrette de diamants du Shah de Perse. Alors le vent agite les branches, le soleil apparaît et transforme ces myriades de perles et de gouttes en prismes qui étincellent, brûlent et scintillent comme autant de feux de couleur; ces prismes passent avec une inconcevable rapidité du bleu au rouge, du rouge au vert, du vert au jaune d’or; l’arbre devient une véritable fontaine lumineuse, un feu d’artifice de joyaux éblouissants.