Enfin, dans un autre berceau, situé quelque part sous un drapeau, le futur et célèbre commandant en chef des armées américaines se sent si écrasé sous le poids des grandeurs et des responsabilités prochaines qu’il emploie toute sa stratégie à trouver le moyen de mettre son orteil dans sa bouche (je crois, sauf votre respect, que votre illustre hôte de ce soir est parvenu, il y a quelque cinquante-six ans, à accomplir ce haut fait d’armes)!
Si l’on admet que l’enfant se retrouve plus tard dans l’homme, peu de gens mettront en doute le succès du futur commandant en chef.
CONSIDÉRATIONS SUR LE TEMPS
Discours prononcé au 71ᵉ dîner annuel de la Société de New-England.
Je me permets de croire que le maître tout puissant, auteur de nos jours, a créé toutes choses dans l’Etat de New-England à l’exception de la température.
J’ignore qui a fait le temps, mais je suppose que ce doit être des apprentis novices d’une fabrique de planches ou de draps de New-England; ces apprentis sont sans doute chargés de fabriquer la température pour les pays qui demandent un bon article, et ils cherchent leurs pratiques ailleurs s’ils ne les trouvent pas dans le New-England.
La température du New-England offre tellement de variété qu’elle excite l’admiration des étrangers en même temps qu’elle provoque leurs regrets.
Dans le New-England, le temps joue toujours un rôle important; il préside continuellement aux affaires; il forme sans cesse de nouveaux projets, et les essaye sur les gens pour voir comment ils s’en tirent. Mais c’est surtout au printemps que le temps paraît le plus actif. Au printemps j’ai compté dans l’espace de vingt-quatre heures cent trente-six différentes espèces de temps. C’est d’ailleurs moi qui ai fait la renommée et la fortune de l’individu qui, à la dernière exposition du centenaire, exhibait sa merveilleuse collection de temps si stupéfiante pour les étrangers. Cet individu se disposait à parcourir le monde pour récolter des spécimens du temps sous les divers climats. Je lui dis: «Ne faites pas cela; venez plutôt dans le New-England par une journée de printemps bien choisie.» Je lui promis qu’il trouverait là la quintessence du genre, tant pour la variété que pour la quantité. Il vint donc et compléta sa collection en quatre jours. Quant à la variété, il avoua qu’il avait trouvé plusieurs centaines d’espèces de temps complètement inconnues de lui jusqu’à ce jour.
Après avoir récolté, trié et séparé toutes les espèces de temps qui lui paraissaient imparfaites, il lui resta une telle profusion de temps qu’il put en louer, en vendre, en mettre en réserve, et même en donner une partie aux pauvres. Les gens de New-England sont généralement patients et endurants de nature, mais cependant il y a des choses qu’ils ne peuvent supporter. Chaque année, ils tuent une quantité de poètes en leur faisant chanter les charmes du merveilleux printemps.
Ces poètes, presque tous visiteurs accidentels, arrivent avec un bagage de connaissances du printemps qu’ils apportent de loin; il leur est donc impossible de connaître les sentiments des natifs sur le printemps.
Les vieilles probabilités ont la réputation bien méritée d’être des prophètes très justes et très clairvoyants. Prenez le journal et observez avec quelle assurance il indique aujourd’hui quel temps il fera sur le Pacifique, sur la mer du Sud, dans les Etats du centre et dans la région du Visconsin. Suivez ses prédictions jusqu’au moment où elles approchent de New-England; vous verrez subitement la courbe s’arrêter et la prévision rester muette. Nul ne peut annoncer quel temps il fera dans le New-England.