Cette dénomination de «Sauteur mexicain» ne me disait pas grand’chose, mais l’attitude de cet homme m’inspira une telle confiance que je jurai dans mon for intérieur de posséder un «sauteur mexicain pur-sang» ou de mourir.

—Ce cheval possède-t-il d’autres qualités? demandai-je, sans manifester trop d’empressement.

Passant son index dans la poche de mon veston, il m’entraîna à part et murmura à mon oreille ces mots impressionnants:

—Il n’existe pas d’obstacle en Amérique que ce cheval ne puisse franchir.

—Allons, messieurs, allons, à 24 dollars et demi!

—27, criai-je avec frénésie.

—Vendu! dit le préposé aux enchères; et il m’adjugea le sauteur mexicain pur-sang.

Je pouvais à peine contenir ma joie. J’acquittai l’argent et plaçai l’animal dans une pension des environs pour qu’il puisse manger et se reposer.

Dans l’après-midi, je ramenai mon cheval sur la place du marché; des badauds complaisants lui maintinrent la tête et la queue pendant que je l’enfourchais. A peine étais-je assis qu’il rassembla ses quatre pieds sous lui, céda du rein, puis soudain arqua le dos et m’envoya en l’air à 3 ou 4 pieds de hauteur! Je retombai droit dans ma selle; malheureusement il recommença son coup de raquette; je repartis en l’air et retombai sur le pommeau d’abord, puis sur le cou du cheval (tout cela en l’espace de trois ou quatre secondes); à ce moment il pointa et se tint presque debout sur ses jambes de derrière; saisissant désespérément le cou de ma monture, je me retrouvai en selle et tint bon. L’animal se reçut sur ses jambes de devant et levant sa croupe en l’air, il décocha vers le ciel une formidable ruade et resta en équilibre sur ses pieds de devant. Sa croupe s’abaissa de nouveau et il continua cet étrange exercice qui consistait à m’envoyer en l’air pour me faire redescendre ensuite. Lorsque pour la troisième fois je repartis en l’air, j’entendis un étranger qui disait: Oh! quel merveilleux sauteur!

Sur ces entrefaites, quelqu’un administra au cheval un bruyant coup de chambrière; lorsque je me ramassai par terre, mon fameux sauteur américain avait disparu. Un jeune Californien lui donna la chasse, le rattrapa et me demanda la permission de le monter. Je lui accordai cette faveur spéciale. Il enfourcha mon pur-sang, partit en l’air une première fois, mais quand il redescendit il planta ses éperons dans les flancs de l’animal qui partit comme un dard, droit devant lui. Léger comme un oiseau, il vola par-dessus trois barrières consécutives et descendit à toute allure la route qui conduisait à la vallée de Washoe.