D’un air lugubre, sans enthousiasme, je lui répondis: «Perce, mon ami, perce avec soin, perce en présence du voyageur.»

Mon ami me regarda froidement, parut très perplexe et ajouta:

—Je ne saisis pas ce que vous voulez dire, Mark. Votre réponse ne contient rien qui me paraisse particulièrement triste et pourtant la façon dont vous venez de prononcer ces paroles, le son pathétique de votre voix me frappent péniblement. Qu’avez-vous donc?»

Je n’entendis même pas ses paroles, absorbé par mon refrain: «Un ticket bleu de dix cents, un ticket brun de huit cents, un ticket rose de quatre cents, perce en présence du voyageur.» J’ignore ce qui se passa pendant les neuf autres milles. Cependant, tout à coup, M. posa la main sur mon épaule et s’écria:

—Oh! réveillez-vous, réveillez-vous, je vous en prie; ne dormez pas toute la journée. Nous voici arrivés à la tour, mon cher. J’ai parlé comme une pie-borgne pendant toute cette promenade sans obtenir de vous une réponse; regardez donc ce magnifique paysage d’automne! Vous qui avez voyagé, vous devez pouvoir faire des comparaisons. Voyons, donnez-moi votre opinion, que pensez-vous de ce point de vue?

Je soupirai tristement et murmurai: «Un ticket brun de huit cents, un ticket rose de quatre cents. perce en présence du voyageur!»

Le Révérend M. s’arrêta net et d’un air très grave me contempla des pieds à la tête, puis ajouta:

—Mark, ceci me dépasse: les paroles que vous venez de prononcer sont les mêmes que tout à l’heure; je ne leur trouve aucune signification spéciale et pourtant, quand vous les prononcez, j’éprouve un pénible serrement de cœur. «Perce, perce en...» Comment est donc la suite?

Je repris le vers depuis le commencement et lui récitai la tirade complète. Le visage de mon ami s’illumina:

—Quelle charmante et étrange consonnance! me répondit-il, on dirait de la musique; quel agréable rythme! Je crois avoir attrapé la cadence; voulez-vous me répéter ces vers encore une fois et je les saurai complètement par cœur.