Une semaine plus tard, Snagsby, reconnaissant, arriva avec un nouveau bagage de manuscrits. Le célèbre auteur avait éprouvé une vive satisfaction la première fois qu’il était venu en aide avec succès au jeune débutant, et il s’était félicité de sa généreuse action. Mais cette fois son enthousiasme se ralentit. Pourtant il lui parut impossible de repousser ce jeune écrivain qui se cramponnait à lui avec tant de confiance et de simplicité.

Le fin mot de tout ceci fut que le célèbre auteur se trouva complètement empêtré de ce débutant. Tous ses efforts généreux pour alléger le bagage de Snagsby restèrent infructueux; il dut chaque jour lui prodiguer ses conseils, ses encouragements, solliciter l’acceptation de ses manuscrits et même les retoucher pour les rendre présentables.

Lorsqu’un beau jour le jeune aspirant prit enfin son vol, il s’acquit une renommée subite en décrivant la vie privée du célèbre auteur avec une verve si caustique, si mordante et si humoristique que le livre se vendit d’une façon prodigieuse et que ce succès jeta la consternation dans l’âme du grand auteur mortifié.

En rendant son dernier soupir il murmura: «Hélas! les livres m’ont trompé; ils ne disent jamais que la moitié de l’histoire. Méfiez-vous, mes amis, des jeunes auteurs débutants. Que l’homme présomptueux ne s’avise jamais de secourir celui que Dieu a condamné à mourir de faim.»

LE MARI RECONNAISSANT

Un jour une dame traversait en voiture avec son jeune enfant la rue principale d’une grande ville, lorsque les chevaux prirent peur et s’emportèrent; le cocher fut précipité à bas de son siège, tandis que la dame et son fils restaient dans l’intérieur de la voiture, paralysés de terreur. Mais un brave jeune homme qui conduisait une voiture d’épicerie se jeta à la tête des animaux affolés et réussit à arrêter leur course au péril de sa vie.

La dame reconnaissante prit le nom de son bienfaiteur et, de retour chez elle, s’empressa de raconter à son mari l’acte héroïque du jeune homme.

Le mari écouta cet émouvant récit et rendit grâce au ciel qui avait permis à ces deux êtres si chers à son cœur d’échapper à ce grand danger; il fit ensuite appeler le brave jeune homme et glissant dans sa main un chèque de cinq cents dollars, il lui dit: «Prenez ceci en récompense de votre belle action, William Ferguson; si vous avez jamais besoin d’un ami, souvenez-vous que Thomson Mac Spadden voue à son bienfaiteur une reconnaissance éternelle.»

Nous conclurons de ceci qu’un bienfait n’est jamais perdu.

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