—Ah! je comprends maintenant: votre théorie est...
—Bien simple. Ne mangez que quand vous aurez faim; si vous n’avez pas de goût pour la nourriture, réjouissez-vous et ne mangez que quand vous sentez une faim violente, alors vous éprouverez une grande jouissance et vous vous porterez merveilleusement.
—Dois-je observer une certaine régularité pour les heures de mes repas?
—Lorsque vous êtes en train de vaincre un mauvais appétit, la régularité n’est pas nécessaire; mais elle ne vous fera pas de mal aussi longtemps que votre appétit restera bon. Dès que votre appétit diminue, appliquez de nouveau le grand remède, c’est-à-dire le jeûne, long ou court suivant les besoins du cas.
—La meilleure nourriture, je suppose, est la plus saine?
—Toutes les nourritures sont saines, du moins suffisamment saines pour les gens qui en font usage. Que la nourriture soit raffinée ou grossière, elle aura toujours bon goût, et elle rassasiera son homme à condition qu’il surveille son appétit et qu’il s’impose un léger jeûne toutes les fois qu’il sent son appétit faiblir. Nansen était habitué à des menus très soignés, mais il ne souffrit nullement le jour où, à tous ses repas, il dut manger de la viande d’ours et cela pendant des mois; parce que son appétit se voyait toujours tenu en éveil par la difficulté de trouver régulièrement de la viande d’ours.
—Mais les docteurs ordonnent une nourriture délicate et recherchée à leurs malades.
—Ils ne peuvent faire autrement; car le malade est imbu d’idées préconçues et de superstitions, et ne consentirait jamais à se mettre à la diète. Il se croirait perdu s’il jeûnait.
—Cela l’affaiblirait, n’est-ce pas?
—Pas le moins du monde. Voyez plutôt les malades de notre naufrage: ils vécurent pendant 15 jours d’une pincée de jambon cru et de bottes de matelot à sucer; ils furent bien un peu affaiblis, mais ces privations ne leur firent aucun mal; elles les préparèrent à manger de bon cœur des plats plus substantiels, et leur valurent une robuste santé. Mais ils ne surent pas tirer profit de cet enseignement et ils restèrent des malades. Connaissez-vous le truc qu’emploient les docteurs de sanatorium?