—Quel est-il?

—Mon système repose sur la diète: cure de raisins, bains, cure de boue, tout cela se vaut. Le raisin, le bain et la boue ne sont là que pour la frime; la véritable cure s’opère par une diète subrepticement appliquée. Le malade est habitué à quatre repas, à des heures tardives; examinez avec moi le régime qu’il doit suivre au sanatorium: il se lève à 6 heures du matin, mange un œuf, se promène deux heures avec les autres malades, boit lentement un verre d’un liquide filtré qui sent la pourriture. Il se promène ensuite deux heures, mais seul; si vous lui parlez il vous répond d’un air préoccupé: «Mon eau! je promène mon eau pour la digérer; je vous en prie, ne m’interrompez pas»; et il continue à arpenter le terrain.

Il mange ensuite une feuille de rose sucrée, s’étend dans sa chambre pendant des heures dans le silence et la solitude les plus complets; il ne doit ni lire, ni fumer. Le docteur vient lui ausculter le cœur, lui tâter le pouls, la poitrine, le dos et l’estomac en écoutant tous ses battements dans un flageolet de deux sous; puis il fait préparer le bain du malade d’un demi-degré réaumur plus froid qu’hier. Après le bain, un autre œuf, un verre du même liquide infect à 3 ou 4 heures de l’après-midi, puis promenade solennelle suivant le rite non moins solennel. A six heures, dîner: un beignet et une tasse de thé. Repromenade.

A 8 1/2, souper; à 9 h., lit. Songez un peu à six semaines de ce régime! Il y a de quoi affamer un homme et le mettre en splendide forme. N’importe où, à Londres, à New-York, à Jéricho, ce régime produirait le même effet.

—Combien faut-il de temps pour mettre ici une personne en forme?

—Régulièrement il faudrait un jour ou deux, mais en fait il faut compter de une à six semaines, suivant le caractère et la mentalité du patient.

—Comment cela?

—Vous voyez là-bas cette foule de jeunes femmes qui jouent au foot-ball, boxent et sautent par-dessus des barrières? Elles sont ici depuis 6 ou 7 semaines; à leur arrivée elles ressemblaient à des spectres; elles avaient pour habitude de grignoter des friandises et des sucreries à heures fixes quatre fois par jour et ne se sentaient d’appétit pour rien. Je leur posai des questions et les enfermai dans leurs chambres; les plus frêles furent mises à la diète pendant 9 ou 10 heures, les autres pendant 12 ou 15 heures. Bientôt elles me supplièrent, disant qu’elles souffraient énormément de nausées, de mal de tête. Il fallait les voir manger après cette réclusion! Je les laissai ensuite circuler dans la maison et prendre les 4 repas auxquels elles étaient habituées.

Au bout de 2 jours je dus intervenir, car leur appétit diminuait. Je fis sauter un repas; cela les rétablit vite; puis elles reprirent les quatre repas; je leur demandai de supprimer d’elles-mêmes un repas sans attendre mon intervention. Pendant 15 jours, ces personnes luttèrent, mais ne purent y arriver, car l’énergie leur manquait; mais maintenant elles ont acquis cette énergie et elles se portent à merveille; d’elles-mêmes, de temps à autre, elles suppriment un repas; elles pourraient en toute sécurité retourner guéries chez elles, mais elles ne se sentent pas encore assez sûres d’elles-mêmes, et elles préfèrent attendre un peu.

—Tous les cas ne sont pas identiques?