—Votre mauvais état de santé actuel est dû à ce repas supplémentaire. Supprimez-le; vous mangez plus souvent que votre estomac ne vous le demande, cette nourriture se perd au lieu de vous profiter. Vous mangez moins maintenant en un jour à vos deux repas et demi qu’autrefois à un repas et demi.

—C’est très vrai, beaucoup moins, car autrefois mon dîner était très substantiel.

—Mettez-vous à un seul repas par jour, le dîner, pendant quelques jours, jusqu’à ce que vous éprouviez un appétit vigoureux, régulier et bien assis; ensuite adoptez en permanence un repas et demi par jour et n’écoutez pas les balivernes de votre famille. Quand vous éprouvez un malaise, particulièrement une atteinte de fièvre, ne mangez rien du tout pendant 24 heures; cela vous guérira et la diète triomphera du mal de tête le plus opiniâtre. Je ne connais pas de douleur de tête qui puisse résister à la diète absolue pendant 24 heures.

—C’est vrai, j’ai constaté ce fait bien des fois.

EXTRAIT DU TIMES DE LONDRES EN 1904

CHAPITRE PREMIER

Correspondance du Times.—Chicago, 1ᵉʳ avril 1904.

Je reprends ma conversation téléphonique interrompue hier.

Depuis plusieurs heures cette vaste cité ne cesse de parler de l’étrange incident mentionné dans mon dernier rapport.

Pour répondre à votre désir, je vais vous conter ce roman depuis son origine jusqu’à son dénouement. Par un concours de circonstances fortuites, j’ai moi-même joué un rôle personnel dans une partie de ce drame. La scène se passe à Vienne le 31 mars 1898 à 1 heure du matin. J’avais assisté dans la soirée à une réunion mondaine; vers minuit je m’en allai en compagnie des attachés militaires anglais, italien et américain; nous décidâmes de nous rendre chez le lieutenant Hillyer, attaché militaire américain, pour terminer la soirée et fumer ensemble quelques cigarettes.