Après une pause:—Oui.
—Après une autre pause: Que vois-je dans ce splendide pavillon?
—C’est la famille impériale et toutes les têtes couronnées du monde entier venues pour la cérémonie.
—Qui sont ces personnes dans les deux pavillons de droite et de gauche?
—A droite, ce sont les ambassadeurs, leur famille et leur suite; à gauche, des étrangers de marque.
—Vous seriez bien bon de...
Boum! à travers la tempête de pluie et de vent, la même cloche qui tout à l’heure venait de sonner une demi-heure. La porte s’ouvrit, le gouverneur, la jeune femme et l’enfant entrèrent; l’infortunée portait des vêtements de deuil. Elle s’effondra en sanglotant sur la poitrine de son mari. Ne pouvant supporter ce spectacle lamentable, je me retirai dans la chambre voisine et fermai la porte. Je restai là silencieux, attendant, prêtant l’oreille aux grincements et au fracas de la tempête. Au bout de quelques minutes, qui me parurent un siècle, un certain mouvement se produisit dans le salon où se tenait le condamné; je compris que le clergyman, le sheriff et la garde venaient d’entrer.
Après quelques mots échangés à voix basse, un grand silence se fit; j’entendis un murmure, une prière, des sanglots, puis des pas—le départ pour le gibet.
L’enfant cria d’une voix douce: «Ne pleure pas, maman, on nous rendra bientôt papa, et nous le ramènerons à la maison.»
La porte se referma. Ils étaient partis. Je me sentis honteux. De tous les amis du condamné j’étais le seul à ne pas l’accompagner jusqu’au gibet; sans courage, sans volonté, j’arpentais la pièce en luttant contre moi-même et en me répétant que j’allais le suivre. Mais nous sommes ce que nous sommes, et nous ne pouvons changer notre nature. Je restai là, sur place. Je repris ma marche nerveuse et agitée au travers de la pièce et soulevai la fenêtre, poussé par cette étrange fascination qu’exercent sur l’esprit humain la terreur et l’effroi, et je plongeai du regard dans la cour. A la clarté aveuglante des lampes électriques, j’aperçus le petit groupe des témoins privilégiés, la jeune femme sanglotant contre la poitrine de son oncle: le condamné se tenait debout sur l’échafaud, la corde passée autour du cou, les bras liés derrière le dos, la tête couverte d’un bonnet noir; le sheriff, à ses côtés, avait une main appuyée sur la bascule, le clergyman se tenait devant lui, la tête découverte et son livre à la main: