—«Je suis la Résurrection et la Vie.»

Je tournai la tête, ne pouvant en entendre ni en voir davantage. Machinalement et sans m’en rendre compte, mes yeux se portèrent sur l’étrange appareil, et voici que Péking et la procession du Fils du Ciel m’apparurent. Une seconde plus tard je me penchai à la fenêtre, essoufflé, suffoquant, essayant de parler, sentant qu’il le fallait absolument. J’entendis ces paroles du clergyman: «Que Dieu ait pitié de votre âme. Amen.»

Le sheriff fit tomber le bonnet noir sur le visage du condamné et posa la main sur la bascule. Rassemblant toutes mes forces je m’écriai:

—Arrêtez, pour l’amour de Dieu, arrêtez, cet homme est innocent. Venez voir ici Chepannik en chair et en os.

Trois minutes après, le gouverneur prenait ma place à la fenêtre, et ordonnait:

—Faites tomber ses liens et rendez-lui la liberté.

Trois minutes plus tard, le salon du condamné était envahi. Inutile de vous décrire cette scène, une véritable orgie de joie.

Un messager porta un mot à Chepannik au pavillon. En apprenant cette nouvelle, il fut saisi d’un effroi rétrospectif. Il se précipita à l’extrémité du fil pour parler à Clayton, au gouverneur et à tous les autres; la jeune femme, ne sachant comment lui exprimer sa profonde reconnaissance pour avoir sauvé son mari, lui envoya une foule de baisers à 12.000 milles de distance.

Tous les télélectrophonoscopes du globe furent mis en communication et fonctionnèrent, et pendant bon nombre d’heures, les rois et les reines de plusieurs royaumes (quelques reporters aussi, bien entendu) conversèrent avec Chepannik et le comblèrent de louanges. Les sociétés scientifiques, qui jusqu’alors avaient omis de le nommer membre honoraire, s’empressèrent de lui conférer cette dignité.

Comment expliquer son absence et sa disparition de parmi nous? La chose est bien simple: pour se soustraire à la renommée universelle du monde, et à l’engouement général du public qui ne lui laissait ni trêve ni repos, il avait laissé pousser sa barbe, avait coiffé son nez de verres de couleur, s’était déguisé, et, sous un faux nom, il parcourait le monde incognito.