La question était embarrassante ; elle provoqua une série de suppositions plus ou moins plausibles. On désigna plusieurs individus considérés comme capables de commettre cet acte, mais ils furent éliminés un à un. Personne, excepté le jeune Hillyer, n'avait vécu dans l'intimité de Flint Buckner ; personne ne s'était réellement pris de querelle avec lui ; il avait bien eu des différends avec ceux qui essayaient d'assouplir son caractère, mais il n'en était jamais venu à des disputes pouvant amener une effusion de sang. Un nom brûlait toutes les langues depuis le début de la conversation, mais on ne le prononça qu'en dernier ressort : c'était celui de Fetlock Jones. Pat Riley le mit en avant.
— Ah ! oui, dirent les camarades. Bien entendu nous avons tous pensé à lui, car il avait un million de raisons pour tuer Flint Buckner ; j'ajoute même que c'était un devoir pour lui, mais tout bien considéré, deux choses nous surprennent : d'abord, il ne devait pas hériter du terrain ; ensuite, il était éloigné de l'endroit où s'est produite l'explosion.
— Parfaitement, dit Pat. Il était dans la salle de billard avec nous au moment de l'explosion. Et il y était même une heure avant.
— C'est heureux pour lui ; sans cela on l'aurait immédiatement soupçonné.
III
Les meubles de la salle à manger de la taverne avaient été enlevés, à l'exception d'une longue table de sapin et d'une chaise. On avait repoussé la table dans un coin et posé la chaise par-dessus.
Sherlock Holmès était assis sur cette chaise, l'air grave, imposant et presque impressionnant. Le public se tenait debout et remplissait la salle. La fumée du tabac obscurcissait l'air et l'assistance observait un silence religieux.
Sherlock Holmès leva la main pour concentrer sur lui l'attention du public et il la garda en l'air un moment ; puis, en termes brefs, saccadés, il posa une série de questions, soulignant les réponses de « Hums » significatifs et de hochements de tête ; son interrogatoire fut très minutieux et porta sur tout ce qui concernait Flint Buckner : son caractère, sa conduite, ses habitudes et l'opinion que les gens avaient de lui. Il comprit bien vite que son propre neveu était le seul dans le camp qui eût pu vouer à Flint Buckner une haine mortelle. M. Holmès accueillit ces témoignages avec un sourire de pitié et demanda sur un ton indifférent :
— Y a-t-il quelqu'un parmi vous, messieurs, qui puisse dire où se trouvait votre camarade Fetlock Jones au moment de l'explosion ?