— Mais non, mon petit, pourquoi ?
— Une petite fille qui passait par ici m'a demandé si le facteur était venu, et je lui ai répondu que oui ; elle m'a demandé alors depuis combien de temps je l'avais vu passer ; je lui ai dit que je ne l'avais pas vu du tout. Elle en a été étonnée, et m'a demandé comment je pouvais le savoir puisque je n'avais pas vu le facteur ; je lui ai répondu que j'avais flairé ses pas sur la route. Elle m'a traité de fou et s'est moquée de moi. Pourquoi donc ?
La jeune femme pâlit et pensa : « Voilà bien la preuve certaine de ce que je supposais : mon fils a la puissance olfactive d'un limier. »
Elle saisit brusquement l'enfant et le serra passionnément dans ses bras, disant à haute voix : « Dieu me montre le chemin. » Ses yeux brillaient d'un éclat extraordinaire, sa poitrine était haletante, sa respiration entrecoupée. « Le mystère est éclairci maintenant, pensa-t-elle ; combien de fois me suis-je demandé avec stupéfaction comment mon fils pouvait faire des choses impossibles dans l'obscurité. Je comprends tout maintenant. »
Elle l'installa dans sa petite chaise et lui dit :
— Attends-moi un instant, mon chéri, et nous causerons ensemble.
Elle monta dans sa chambre et prit sur sa table de toilette différents objets qu'elle cacha ; elle mit une lime à ongles par terre sous son lit, des ciseaux sous son bureau, un petit coupe-papier d'ivoire sous son armoire à glace. Puis elle retourna vers l'enfant et lui dit :
— Tiens ! j'ai laissé en haut différents objets que j'aurais dû descendre ; monte donc les chercher et tu me les apporteras, ajouta-t-elle, après les lui avoir énumérés.
Archy se hâta et revint quelques instants après portant les objets demandés.
— As-tu éprouvé une difficulté quelconque, mon enfant, à trouver ces objets ?