Après un silence de quelques instants, l'hôte répondit à voix basse :

— Je défends qu'on me fouille.

Il n'y eut aucune démonstration bruyante, mais dans la salle chacun dit à son voisin :

— Cette fois, la question est tranchée ! Holmès n'en mène plus large devant Archy.

Que faire, maintenant ? Personne ne semblait le savoir. La situation devenait embarrassante, car les événements avaient pris une tournure si inattendue et si subite que les esprits s'étaient laissé surprendre et battaient la breloque comme une pendule qui a reçu un choc. Mais, peu à peu, le mécanisme se rétablit et les conversations reprirent leurs cours ; formant des groupes de deux à trois, les hommes se réunirent et essayèrent d'émettre leur avis sous forme de propositions. La majorité était d'avis d'adresser à l'assassin un vote de remerciements pour avoir débarrassé la communauté de Flint Buckner : cette action méritait bien qu'on le laissât en liberté. Mais les gens plus réfléchis protestèrent, alléguant que les cervelles mal équilibrées des États de l'Est crieraient au scandale et feraient un tapage épouvantable si on acquittait l'assassin.

Cette dernière considération l'emporta donc et obtint l'approbation générale.

Il fut décidé que Fetlock Jones serait arrêté et passerait en jugement.

La question semblait donc tranchée et les discussions n'avaient plus leur raison d'être maintenant. Au fond, les gens en étaient enchantés, car tous dans leur for intérieur avaient envie de sortir et de se transporter sur les lieux du drame pour voir si le baril et les autres objets y étaient réellement. Mais un incident imprévu prolongea la séance et amena de nouvelles surprises.

Fetlock Jones, qui avait pleuré silencieusement, passant presque inaperçu au milieu de l'excitation générale et des scènes émouvantes qui se succédaient depuis un moment, sortit de sa torpeur lorsqu'il entendit parler de son arrestation et de sa mise en jugement ; son désespoir éclata et il s'écria :

— Non ! ce n'est pas la peine ! Je n'ai pas besoin de prison ni de jugement. Mon châtiment est assez dur à l'heure qu'il est ; n'ajoutez rien à mon malheur, à mes souffrances. Pendez-moi et que ce soit fini ! Mon crime devait être découvert, c'était fatal ; rien ne peut me sauver maintenant. Il vous a tout raconté, absolument comme s'il avait été avec moi, et m'avait vu. Comment le sait-il ? c'est pour moi un prodige, mais vous trouverez le baril et les autres objets. Le sort en est jeté : je n'ai plus une chance de salut ! Je l'ai tué ; et vous en auriez fait autant à ma place, si, comme moi, vous aviez été traité comme un chien ; n'oubliez pas que j'étais un pauvre garçon faible, sans défense, sans un ami pour me secourir.