— Du tout, écoutez seulement mon histoire.
II
COMMENT LE RAMONEUR GAGNA L'OREILLE DE L'EMPEREUR
I
L'été était venu ; les plus robustes étaient harassés par la chaleur torride ; les plus faibles, à bout de souffle, mouraient comme des mouches. Depuis des semaines, l'armée était décimée par la dysenterie, cette plaie du soldat ; et personne n'y trouvait un remède. Les médecins ne savaient plus où donner de la tête ; le succès de leur science et de leurs médicaments (d'une efficacité douteuse, entre nous), était dans le domaine du passé, et risquait fort d'y rester enfoui à tout jamais.
L'empereur appela en consultation les sommités médicales les plus en renom, car il était profondément affecté de cette situation. Il les traita fort sévèrement, et leur demanda compte de la mort de ses hommes ; connaissaient-ils leur métier, oui ou non ? étaient-ils des médecins ou simplement de vulgaires assassins ? Le plus haut en grade de ces assassins, qui était en même temps le doyen des médecins du pays et le plus considéré aux environs, lui répondit ceci :
« Majesté, nous avons fait tout notre possible, et nos efforts sont restés infructueux. Ni un médicament, ni un médecin ne peut guérir cette maladie ; la nature et une forte constitution seules peuvent triompher de ce mal maudit. Je suis vieux, j'ai de l'expérience. Ni médecine, ni médicaments ne peuvent en venir à bout, je le dis et je le répète. Quelquefois ils semblent aider la nature, mais en général ils ne font qu'aggraver la maladie. »
L'empereur, qui était un homme incrédule, emporté, invectiva les docteurs des épithètes les plus malsonnantes et les renvoya brutalement. Vingt-quatre heures après, il était pris, lui aussi, de ce mal cruel. La nouvelle vola de bouche en bouche, et remplit le pays de consternation. On ne parlait plus que de cette catastrophe et le découragement était général ; on commençait à perdre tout espoir. L'empereur lui-même était très abattu et soupirait en disant :
« Que la volonté de Dieu soit faite. Qu'on aille me chercher ces assassins, et que nous en finissions au plus vite. »
Ils accoururent, lui tâtèrent le pouls, examinèrent sa langue, et lui firent avaler un jeu complet de drogues, puis ils s'assirent patiemment à son chevet, et attendirent.