(Ils étaient payés à l'année et non à la tâche, ne l'oublions pas !)

II

Tommy avait seize ans ; c'était un garçon d'esprit, mais il manquait de relations ; sa position était trop humble pour cela et son emploi trop modeste. De fait, son métier ne pouvait pas le mettre en évidence ; car il travaillait sous les ordres de son père et vidait les puisards avec lui ; la nuit, il l'aidait à conduire sa voiture. L'ami intime de Tommy était Jimmy, le ramoneur ; un garçon de quatorze ans, d'apparence grêle ; honnête et travailleur, il avait un cœur d'or et faisait vivre sa mère infirme, de son travail dangereux et pénible.

L'empereur était malade depuis déjà un mois, lorsque ces deux jeunes gens se rencontrèrent un soir vers neuf heures. Tommy était en route pour sa besogne nocturne ; il n'avait naturellement pas endossé ses habits des jours de fête, et ses sordides vêtements de travail étaient loin de sentir bon ! Jimmy rentrait d'une journée ardue ; il était d'une noirceur inimaginable ; il portait ses balais sur son épaule, son sac à suie à la ceinture ; pas un trait de sa figure n'était d'ailleurs reconnaissable ; on n'apercevait au milieu de cette noirceur que ses yeux éveillés et brillants.

Ils s'assirent sur la margelle pour causer ; bien entendu ils abordèrent l'unique sujet de conversation : le malheur de la nation, la maladie de l'empereur. Jimmy avait conçu un projet et il brûlait du désir de l'exposer.

Il confia donc son secret à son ami :

— Tommy, dit-il, je puis guérir Sa Majesté ; je connais le moyen.

Tommy demanda stupéfait :

— Comment, toi ?

— Oui, moi.