— Mère, j'obéirai.
— J'ai confiance, mon fils. Tout est prêt, j'ai tout prévu pour ta mission. Voici une lettre de crédit, dépense largement ; l'argent ne doit pas être compté. Tu auras besoin de déguisements sans doute et de beaucoup d'autres choses auxquelles j'ai pensé.
Elle tira du tiroir de sa table plusieurs carrés de papier portant les mots suivants écrits à la machine :
10.000 DOLLARS DE PRIME
« On croit qu'un certain individu qui séjourne ici est vivement recherché dans un État de l'Est.
« En 1880, pendant une nuit, il aurait attaché sa jeune femme à un arbre, près de la grand'route, et l'aurait cravachée avec une lanière de cuir ; on assure qu'il a fait déchirer ses vêtements par ses chiens et l'a laissée toute nue au bord de la route. Il s'est ensuite enfui du pays. Un cousin de la malheureuse jeune femme a recherché le criminel pendant dix-sept ans (adresse... Poste restante). La prime de dix mille dollars sera payée comptant à la personne qui, dans un entretien particulier, indiquera au cousin de la victime la retraite du coupable. »
— Quand tu l'auras découvert et que tu seras sûr de bien tenir sa piste, tu iras au milieu de la nuit placarder une de ces affiches sur le bâtiment qu'il occupe ; tu en poseras une autre sur un établissement important de la localité. Cette histoire deviendra la fable du pays. Tout d'abord, il faudra par un moyen quelconque, que tu le forces à vendre une partie de ce qui lui appartient : nous y arriverons peu à peu, nous l'appauvrirons graduellement, car si nous le ruinions d'un seul coup, il pourrait, dans un accès de désespoir chercher à se tuer.
Elle prit dans le tiroir quelques spécimens d'affiches différentes, toutes écrites à la machine, et en lut une :
« A Jacob Fuller... Vous avez... jours pour régler vos affaires. Vous ne serez ni tourmenté ni dérangé pendant ce temps qui expirera à... heures du matin le... 18... A ce moment précis il vous faudra déménager. Si vous êtes encore ici à l'heure que je vous fixe comme dernière limite, j'afficherai votre histoire sur tous les murs de cette localité, je ferai connaître votre crime dans tous ses détails, en précisant les dates et tous les noms, à commencer par le vôtre. Ne craignez plus aucune vengeance physique ; dans aucun cas, vous n'aurez à redouter une agression. Vous avez été infâme pour un vieillard, vous lui avez torturé le cœur. Ce qu'il a souffert, vous le souffrirez à votre tour. »
— Tu n'ajouteras aucune signature. Il faut qu'il reçoive ce message à son réveil, de bonne heure, avant qu'il connaisse la prime promise, sans cela, il pourrait perdre la tête et fuir sans emporter un sou.