Le lendemain matin, la nouvelle se répandit partout que l'empereur était hors d'affaire et complètement remis. En revanche, il avait fait pendre les médecins. La joie éclata dans tout le pays, et on se prépara à illuminer magnifiquement.
Après le déjeuner, Sa Majesté méditait dans un bon fauteuil : l'empereur voulait témoigner sa reconnaissance infinie, et cherchait quelle récompense il pourrait accorder pour exprimer sa gratitude à son bienfaiteur.
Lorsque son plan fut bien arrêté, il appela son page et lui demanda s'il avait inventé ce remède. Le jeune homme dit que non, que le grand maître du palais le lui avait indiqué.
L'empereur le congédia et se remit à réfléchir :
Le grand-maître avait le titre de comte : il allait le créer duc, et lui donnerait de vastes propriétés qu'il confisquerait à un membre de l'opposition. Il le fit donc appeler et lui demanda s'il était l'inventeur du remède. Mais le grand-maître, qui était un honnête homme, répondit qu'il le tenait du grand chambellan. L'empereur le renvoya et réfléchit de nouveau : le chambellan était vicomte ; il le ferait comte, et lui donnerait de gros revenus. Mais le chambellan répondit qu'il tenait le remède du premier lord de service.
Il fallait encore réfléchir. Ceci indisposa un peu Sa Majesté qui songea à une récompense moins magnanime. Mais le premier lord de service tenait le remède d'un autre gentilhomme ! L'empereur s'assit de nouveau et chercha dans sa tête une récompense plus modeste et mieux proportionnée à la situation de l'inventeur du remède.
Enfin de guerre lasse, pour rompre la monotonie de ce travail imaginatif et hâter la besogne, il fit venir le grand chef de la police, et lui donna l'ordre d'instruire cette affaire et d'en remonter le fil, pour lui permettre de remercier dignement son bienfaiteur.
Dans la soirée, à neuf heures, le grand chef de la police apporta la clef de l'énigme. Il avait suivi le fil de l'histoire, et s'était ainsi arrêté à un jeune gars, du nom de Jimmy, ramoneur de profession. L'empereur s'écria avec une profonde émotion.
— C'est ce brave garçon qui m'a sauvé la vie ! il ne le regrettera pas.
Et... il lui envoya une de ses paires de bottes, celles qui lui servaient de bottes numéro deux !