— Si je veux ? en voilà une question ! Je suis votre homme. Dites ce que vous voulez, et vous me verrez voler.

— Allez dire à la marchande de marrons de tout planter là, et de vite porter ce message à son meilleur ami ; recommandez-lui de prier cet ami de faire la boule de neige. »

Il exposa la nature du message, et le quitta en disant : « Maintenant, dépêchez-vous. »

Un instant après, les paroles du ramoneur étaient en voie de parvenir à l'empereur.

III

Le lendemain, vers minuit, les médecins étaient assis dans la chambre impériale et chuchotaient entre eux, très inquiets, car la maladie de l'empereur semblait grave. Ils ne pouvaient se dissimuler que chaque fois qu'ils lui administraient une nouvelle drogue, il s'en trouvait plus mal. Cette constatation les attristait, en leur enlevant tout espoir. Le pauvre empereur émacié somnolait, les yeux fermés. Son page favori chassait les mouches autour de son chevet et pleurait doucement. Tout à coup le jeune homme entendit le léger froufrou d'une portière qu'on écarte ; il se retourna et aperçut le lord grand-maître du palais qui passait la tête par la portière entrebâillée et lui faisait signe de venir à lui. Vite le page accourut sur la pointe des pieds vers son cher ami le grand-maître ; ce dernier lui dit avec nervosité :

— Toi seul, mon enfant, peux le persuader. Oh ! n'y manque pas. Prends ceci, fais-le lui manger et il est sauvé.

— Sur ma tête, je le jure il le mangera.

C'étaient deux grosses tranches de melon d'eau, fraîches, succulentes d'aspect.

IV