Voyez un peu ce que l’imagination peut faire. Il paraît que «cette même jeune femme» était d’ordinaire si impressionnée par l’odeur forte, d’ailleurs complètement imaginaire, répandue par les araignées, «en brûlant», que tout lui semblait «tourner autour d’elle», et qu’elle s’évanouissait avec des sueurs froides, accompagnées souvent de légers vomissements. C’est à se demander s’il n’y avait pas, dans cette cave de la bière plutôt que des araignées?

Voici, d’autre part, des effets d’imagination encore plus surprenants: «Sennertus indique comme signes caractéristiques de la morsure et de la piqûre de cet insecte: la stupeur et l’engourdissement de l’endroit piqué, une sensation de froid, de frisson et d’enflure à l’abdomen, la pâleur de la face, des larmes spontanées, un tremblement nerveux, des contractions, des convulsions, des sueurs froides (ces derniers symptômes apparaissant surtout lorsque le poison a été avalé).» Or, les médecins actuels soutiennent qu’un oiseau ou qu’un homme peuvent avaler des araignées sans en souffrir le moins du monde.

Il faut noter que ces symptômes ne sont pas exclusivement les caractéristiques de la morsure des araignées; ils peuvent provenir d’une simple frayeur. J’ai vu une personne qui, sentant un frelon dans son pantalon, les présentait tous et au plus haut degré.

«Quant au traitement, sans négliger les procédés spéciaux à l’usage interne, il convient de laver la morsure immédiatement avec de l’eau salée, ou avec une éponge imbibée de vinaigre chaud. On peut encore employer une décoction de mauves, d’origanum et de thym. Après quoi, on appliquera un cataplasme de feuilles de laurier, de ronce et de poireaux, ou bien de farine d’orge bouillie dans du vinaigre, ou encore d’oignons et d’ail pilés avec de la fiente de chèvre et des grosses figues. En même temps le patient devra manger autant d’ail et boire autant de vin que possible.»

Pour ce qui est de moi, j’aimerais mieux être remordu par l’araignée.

Pour clore cette récapitulation, je ne citerai plus qu’un ou deux exemples des mélanges détonants que les médecins d’autrefois avaient coutume de faire avaler à leurs victimes suivant la capacité de chacun. Dans le genre, nous avons «l’Antidote d’or d’Alexandre», qui est merveilleux pour tout ce qu’on voudra.

C’est vraisemblablement la première en date des panacées universelles, brevetées sans garantie. En voici la recette:

«Prenez Afaraboca, jusquiame, carpobalsamum, deux drachmes et demi de chaque; clous de girofle, opium, myrrhe, cyperus, deux drachmes de chaque; opobalsanum, feuilles des Indes, cinnamone, zedoarie, gingembre, coftus, corail, cassia, euphorbe, gomme adragante, encens, styrax calamita, celtique, nard, spignel, séséli, moutarde, saxifrage, anet, anis, un drachme de chaque; xylalos, rheum, ponticum, alipta moschata, castor, nard indien, souchet odorant, opoponax, anacardium, mastic, soufre, pivoine, eringo, pulpe de dattes, hermodactyles rouges et blancs, roses, thym, glands, pouliot, gentiane, écorce de racine de mandragore, germandrée, valériane, herbe d’évêque, baies de laurier, poivre long et blanc, xylobalsamum, carnabadium, macodonian, graine de persil, angélique, graine de rue et sinone, un drachme et demi de chaque; or vierge, argent pur, perles imperforées, blatta byzantina, corne de cerf, avec équivalent de quatorze grains de blé; saphir, émeraude, pierre de jaspe, un drachme de chaque; pellitory d’Espagne, poudre d’ivoire, calamatus odoratus, avec équivalent de 29 grains de blé; joignez-y du miel et du sucre en quantité suffisante.»

Après une préparation aussi compliquée, on pourrait s’attendre à avaler une entière pelletée de ce mélange. Eh bien, non! La dose prescrite ne dépasse pas la quantité d’une noisette. C’est tout! La faiblesse de la dose tient sans doute à la grande quantité de métaux précieux et de pierres entrés dans cette préparation.

«Aqua Limacum.—Prenez un peck d’escargots de jardin, lavez-les dans une forte quantité de bière; nettoyez votre cheminée et préparez un boisseau de charbon de bois que vous allumerez. Quand le feu a bien pris, écartez les charbons incandescents, placez au centre les escargots et recouvrez-les de feu; vous les laisserez cuire jusqu’à ce qu’ils commencent à chanter. Retirez-les, puis avec un couteau et un morceau de toile grossière débarrassez-les de leur écume. Écrasez-les ensuite avec leur coquille dans un mortier. Après cela, prenez un quart de vers de terre, saupoudrez-les de sel abondamment. Placez au fond du récipient deux poignées d’angélique et recouvrez le tout de deux poignées de célandine. Mélangez deux poignées de pieds d’ours et d’agrimony, une once de safran, de bardane, d’oseille et d’épine-vinette. Placez les escargots et les vers sur ce lit d’herbes mélangées; recouvrez-les de fiente d’oie et de mouton dans la proportion de deux poignées. Versez sur le tout trois gallons de bière forte et placez le récipient sur le feu où vous le laisserez séjourner toute une nuit. Le matin vous ajouterez trois onces de clous de girofle bien pilés et une petite quantité de safran en poudre, puis six onces de corne de cerf râpée. Au-dessus du récipient fixez un alambic et un chapeau, et laissez la distillation se faire normalement.»