—Sacrifier la vie de cette fille pour conserver la mienne: c'est impossible.
—Tu ne la sacrifieras pas; elle se cachera et se sauvera avec nous.
—On ne se cache plus en France, on ne sort plus de ce malheureux pays; ce que tu demandes à Louise est plus que son devoir.
—Monsieur, sauvez-vous,» dit Louise; «c'est devenu mon affaire à moi.
—Tu ne connais donc pas la loi décrétée hier?» Et il commence à lire.
Louise l'interrompt:
«Je sais tout cela; mais, monsieur, encore une fois, sauvez-vous, je vous en supplie: je vous le demande à genoux (elle se jette aux pieds de mon père), sauvez-vous; j'ai mis mon bonheur, ma vie, mon honneur dans notre projet. Vous m'aviez promis de faire ma fortune, vous ne serez peut-être pas en état de tenir votre parole. Eh bien! monsieur, je veux vous sauver pour rien. Les trente mille francs en or qui nous attendent là-bas dans la rue, serviront pour nous trois. Nous nous cacherons, nous émigrerons, et je travaillerai pour vous; je ne vous demande rien; mais laissez-moi faire.
—Nous serons repris et tu mourras.
—Eh bien! si j'y consens; qu'avez-vous à me dire? C'est vrai, je quitte pour vous mon pays, mon père, mon prétendu; il allait m'épouser, mais je ne l'aime pas; d'ailleurs si les choses tournent bien, je ferai sa fortune avec ce que vous m'avez promis, n'est-il pas vrai?… Si je ne réussis pas je mourrai avec vous, mais puisque je le veux bien, qu'avez-vous à me dire?
—Tu ne sais ce que tu me proposes, Louise; tu te repentiras.
—C'est possible, mais vous serez sauvé.