Les ambitieux d'un ordre supérieur qui réchauffent ces vieilles doctrines par leur éloquence, toujours nouvelle, sont forcés d'ajouter, pour être conséquents, que le bien et le mal n'existent que dans la pensée humaine: et que l'homme qui créa ces fantômes est libre de les anéantir.

Les preuves, soi-disant neuves qu'ils me donnent, ne me satisfont pas; mais fussent-elles plus claires que le jour, qu'y aurait-il de changé en moi?… Qu'il soit déchu par le péché, ou qu'il soit à la place où la nature l'a voulu mettre, l'homme est un soldat enrôlé malgré lui dès sa naissance, et qui ne se dégage qu'à la mort; et même alors, le chrétien croyant ne fait que changer de liens. Prisonnier de Dieu, le travail, l'effort, telle est sa loi et sa vie; la lâcheté lui paraît un suicide, le doute est son supplice, la victoire son espérance, la foi son repos, l'obéissance sa gloire.

Tel est l'homme de tous les temps et de tous les pays; mais tel est surtout l'homme civilisé par la religion de Jésus-Christ.

Le bien et le mal sont des inventions humaines, dites-vous? Mais si l'homme engendre par sa nature de si obstinés fantômes, qui donc le sauvera de lui-même? et comment échappera-t-il à cette maligne puissance de création intérieure, de mensonge, si vous voulez, qui est et demeure en lui, malgré lui, et malgré vous depuis le commencement du monde?

Tant que vous ne mettrez pas la paix de votre conscience à la place des agitations de la mienne, vous n'aurez rien fait pour moi… La paix!… Non, si hardi que vous soyez, vous n'oseriez vous l'attribuer!!!… Et cependant,… notez ce point, la paix, c'est le droit, c'est le devoir de la créature douée de raison, car sans la paix, elle tombe au-dessous de la brute; mais, ô mystère! mystère pour tous, mystère pour vous comme pour moi, ce but, nous ne l'atteindrons jamais de nous-mêmes: car, quoi que vous en disiez, la nature entière ne suffit pas pour donner la paix à une âme.

Ainsi, quand vous m'auriez forcé à tomber avec vous d'accord de toutes vos audacieuses assertions, vous n'auriez fait que me fournir de nouvelles preuves de la nécessité d'un médecin des âmes, d'un Rédempteur pour remédier aux inévitables hallucinations d'une créature si perverse qu'elle enfante incessamment, inévitablement en elle-même la lutte et la contradiction, et que de sa nature elle fuit le repos dont elle ne peut se passer, répandant au nom de la paix la guerre autour d'elle, avec l'illusion, le désordre et le malheur.

Or, la nécessité du Rédempteur une fois reconnue, vous me pardonnerez si j'aime mieux m'adresser à Jésus-Christ qu'à vous!!…

Ici nous touchons à la racine du mal! Il faut que l'orgueil de l'esprit s'abaisse, et que la raison reconnaisse son insuffisance. La source du raisonnement tarie, celle du sentiment coule à flots; l'âme redevient puissante dès qu'elle avoue son impuissance; elle ne commande plus, elle prie, et l'homme avance vers son but en tombant à genoux.

Mais quand tous seront abattus, quand tous baiseront la poussière, qui restera debout sur la terre? quel pouvoir subsistera sur les cendres du monde?… Ce qui subsistera, c'est un pontife dans une Église…

Si cette Église, fille du Christ et mère du christianisme, a vu la révolte sortir de son sein, la faute en fut à ses prêtres: car ses prêtres étaient des hommes. Mais elle retrouvera son unité, parce que ces hommes tout caducs qu'ils sont n'en sont pas moins les successeurs directs des apôtres, ordonnés d'âge en âge par des évêques qui reçurent eux-mêmes d'évêque en évêque sous l'imposition des mains, en remontant jusqu'à saint Pierre et Jésus-Christ, l'infusion de l'Esprit saint avec l'autorité nécessaire pour communiquer cette grâce au monde régénéré.