Ils signèrent avec empressement une pétition dictée par Nanette, qui parlait et écrivait le français de la Lorraine allemande, et elle porta elle-même cette requête ainsi rédigée et apostillée à Legendre, ancien boucher. Cet homme présidait alors le bureau où l'on déposait toutes les demandes adressées à la commune de Paris en faveur des détenus.
Le papier de Nanette fut reçu comme les autres, et jeté dans un coin sur un rayon ouvert où se trouvaient des centaines de pétitions semblables. Il resta là quelque temps: à quoi tenait le sort des hommes à cette époque!!!
Un soir, trois jeunes gens, attachés à Legendre, et dont l'un s'appelait Rossigneux, j'ai oublié le nom des autres, entrèrent sans lumière, assez tard, dans le bureau, un peu échauffés par le vin; ils se mirent à courir les uns après les autres, à monter sur les tables, à se battre pour rire; enfin, à faire mille folies. Dans ce désordre, ils ébranlent les rayons du casier, un papier tombe. L'un des tapageurs le ramasse:
«Qu'as-tu trouvé là? disent les autres.
—Sans doute une pétition, répond Rossigneux.
—Oui; mais quel est le nom du prisonnier?»
On appelle quelqu'un; on demande de la lumière. Dans l'intervalle, les trois étourdis se jurent de faire signer la liberté de la personne désignée dans cette pétition, quelle qu'elle soit, de la faire signer le soir même par Legendre lorsqu'il rentrera, et d'annoncer à l'instant sa délivrance au détenu.
«Je le jure, fût-ce la liberté du prince de Condé, dit Rossigneux.
—Je le crois bien, répondent à la fois les deux autres en riant, il n'est pas prisonnier.»
On lit la pétition; c'est celle de ma mère dictée par Nanette, et apostillée par les ouvriers de Niderviller.