Ceux mêmes qui la croient folle n'oseraient lui enlever l'enfant de son frère; nul ne pense à lui disputer cette proie si précieusement ravie à la mort. Ce miracle de l'amour consolera le père exilé, dont le cœur s'ouvrira encore au bonheur, quand il saura que son fils a été sauvé et sauvé par elle!!…

Une chèvre la suit pour nourrir l'enfant. Quelquefois on voit la vierge mère, vivant tableau, assise au soleil sur les noirs débris du château où elle est née et souriant fraternellement au fils de son âme, à l'enfant de l'exilé.

Elle berce le petit sur ses genoux avec une grâce toute virginale et le ressuscité lui rend son ineffable sourire avec une joie angélique. Sans se douter de la vie, elle a passé de la charité à l'amour, de l'amour à la folie et de la folié à la maternité: Dieu la protège; l'ange et la folle s'embrassent au-dessus de la région des pleurs, comme les oiseaux voyageurs se rencontrent au delà des nuages.

Quelquefois elle paraît frappée d'un souvenir doux et triste: alors sa bouche, insensible écho du passé, murmure machinalement ces mystérieuses paroles, unique et dernière expression de sa vie et dont aucun des nouveaux habitants de Vologda ne peut deviner le sens: «C'est donc moi qu'il aimait!»

FIN DE L'HISTOIRE DE THELENEF.

Ni le poëte russe, ni moi, nous n'avons reculé devant l'expression de vierge mère pour désigner Xenie et nous ne croyons ni l'un ni l'autre avoir manqué de respect au sublime vers du poëte catholique:

O vergine Madre, figlio del tuo figlio.[45]

ni profané le profond mystère qu'il indique en si peu de mots.

FIN DU DEUXIÈME VOLUME.

NOTES