Fedor ne répondit pas.
«Tu ne dis rien?
—Je pense.
—Et qu'est-ce que tu penses?
—Je pense que nous jouons gros jeu… La ville était sans défense: quinze cents habitants et cinquante vétérans sont bientôt mis hors de combat par deux mille paysans tombant sur eux à l'improviste; mais un peu plus loin il y a des forces considérables; on s'est trop pressé, nous serons écrasés.
—Oui-da!… et la justice de Dieu, donc; et la volonté de l'Empereur!! Blanc-bec, ne sais-tu pas d'ailleurs qu'il n'est plus temps de reculer? Après ce qui vient de se passer, il faut vaincre ou mourir… Écoute-moi donc, au lieu de détourner ainsi la tête… Nous avons mis tout à feu et à sang, m'entends-tu bien? Après un tel carnage, plus de pardon possible. La ville est morte; on dirait qu'on s'y est battu huit jours. Quand nous nous y mettons, nous autres, nous allons vite en besogne… Tu n'as pas l'air content de notre triomphe.
—Je n'aime pas qu'on tue des femmes.
—Il faut savoir se débarrasser du mauvais sang une fois pour toutes.»
Fedor garde le silence. Basile poursuit tranquillement son discours qu'il n'a interrompu que pour avaler des gorgées de thé.
«Tu as l'air bien triste, mon fils?»