Sur cela, le président sans répondre, sortit en grondant, on le suivit, et je restais seule en proie à mes douleurs et à mes inquiétudes. Voilà, monsieur, tout ce que j'avais d'affreux à vous apprendre, je ne vais plus m'occuper que des moyens de vous faire passer ces lettres, je mettrai la dernière ligne à la mienne, à l'instant où je croirai pouvoir vous l'envoyer en sûreté.

Post-scriptum de Julie.

Le conseil de la vieille dame a sans doute prévalu, tout s'apprête pour le départ, Aline sera conduite à Vertfeuille dans une voiture fermée, confiée à mes soins et au seul domestique qui guidera les chevaux, le tout passera pour une voiture de meubles que monsieur envoie à la terre de madame, et c'est à vous que cela s'adresse; monsieur qui sait que je vous écris, et qui me fournit les moyens de vous faire tenir ma lettre, vous prie de nous attendre, et de ne partir de Vertfeuille qu'après avoir rempli envers Aline, les mêmes soins dont vous avez bien voulu vous charger pour madame de Blamont; ainsi vous allez revoir votre malheureuse amie, . . . mais dans quel état? L'auriez-vous pensé?

J'avais une autre lettre toute prête et moins détaillée, c'eût été celle que vous auriez reçue, si monsieur le président eût voulu voir ce que j'écrivais, mais il ne l'exige pas, je vous envoye le vrai journal . . . Adieu, monsieur, ma douleur me suffoque, et je finis en vous assurant de mon respect.

JULIE.

Post-scriptum de Déterville à Valcour.

Je l'attends, . . . et pour couvrir son cercueil des larmes amères de mon désespoir, et pour lui rendre les derniers soins. Je t'envoye toujours ce funeste detail, ainsi que ses lettres posthumes. Que ces cruels écrits entretiennent éternellement ta douleur. Si tu fais tant que de pouvoir survivre à celle qui sut t'aimer ainsi . . . Au moins regrette la sans cesse, qu'elle nourrisse toutes les pensées de ta vie, et consacre-lui tous les instans de ton existence, je ne te permets d'autres distractions que celles que la piété pourra t'offrir . . . Mais si jamais, quoiqu'elle te conseille, le monde te revoit après une telle perte, je dirai, Valcour n'était pas digne d'Aline, il ne l'est plus de Déterville.

LETTRE LXIX.

Aline à Déterville. [1]

Au château de Blamont, ce 29 avril.