—Écoute-moi, Raunai, ne t'alarme pas sans être instruit; je vais te proposer un acte de vertu: ton âme accepte, je l'entends. Nos bourreaux n'ont qu'un objet; c'est de savoir quel est le chef.... quel est le principal moteur de tout ceci.

Va trouver le duc de Guise; dis-lui que le seul désir de sauver un ami qui n'est point coupable, t'a fait franchir tous les obstacles qui se trouvaient à pénétrer dans Amboise; assure-le de l'innocence de mon père; dis-lui que bien plus craint qu'aimé dans le parti, Castelnau ne s'est jamais occupé que de le trahir et de se donner au roi; dis-lui que toi seul est au fait de tout, et que sous l'unique clause qu'on rendra le baron à sa fille, tu es prêt à tout révéler.

Donne ta liberté pour garant de ta parole; dis que tu veux remplacer le baron dans les fers, que tu t'offres au supplice qu'on lui a préparé, si tu ne dévoiles pas ce qu'on désire..... On acceptera tout; on ne veut que découvrir les auteurs du complot; la crainte d'être trompé par toi ne les arrêtera point, puisque tu remplaceras mon père, puisque tu seras dans leurs mains comme lui....

Tu vois l'immensité du sacrifice que je te propose, car ils n'arracheront rien de toi, je le sais; tu mourras donc, mon ami; c'est à la mort que je t'envoie; mais n'imagine pas que je te survive, je te suis dans l'obscurité du tombeau; mon âme y vole avec la tienne.

Ce respectable vieillard n'a-t-il pas mérité de jouir de son dernier âge? N'a-t-il donc pas plus de droit à la vie que ses enfants? Ah! le prix de ce que nous allons faire, mon ami, s'offre à nous de toutes parts; nous le trouverons dans le sein de Dieu, il nous attend pour y couronner cette grande action, elle se conservera dans le souvenir des hommes, ils la graveront dans le temple de mémoire. Raunai, qu'un tel sort est au-dessus des jouissances mondaines! comme les palmes de l'immortalité sont préférables aux jours obscurs et languissants que nous traînerions sur la terre.

—Embrasse-moi; fille céleste, embrasse-moi, s'écria Raunai. Ah! j'aurai donc pu te prouver mon amour, j'aurai donc su te convaincre une fois qu'il n'est pas un seul être dans le monde qui sache t'aimer comme je le fais.

—Tu consens?

—En doutes-tu?.... Homme digne de moi, s'écria Juliette, viens dans mes bras, viens cueillir sur mes lèvres les premiers et les derniers baisers de l'amour... Ah! quelle âme est la tienne, Raunai, combien je t'aime et combien je t'estime!

N'imagine pourtant pas que je te laisse traîner à l'échafaud sans travailler à ta vengeance, il en coûtera la vie au barbare qui prononcera ton arrêt; vois ce fer, poursuivit-elle, en sortant un poignard de son sein, il ne me quitte pas depuis que je suis dans Amboise, et dès l'instant que tu seras sous les chaînes de mon père, je m'attache aux pas du duc de Guise; il faudra qu'il te sauve ou qu'il périsse lui-même....

Oh ciel! on nous écoute, dit Juliette en entendant du bruit près du cabinet du jardin où elle avait la liberté d'entretenir son amant.... On nous écoute, Raunai, Dieu veuille que nous ne soyons point trahis.... Va! cours, fais ce que j'exige, et sois certain d'être vengé, avant que je ne m'immole avec toi.