Juliette rentra chez madame de Sancerre, sans découvrir la cause de ce qui l'avait effrayée; elle fit part de son inquiétude à la comtesse, qui l'assura que personne n'avait pu s'introduire dans le jardin pendant qu'on lui permettait d'y recevoir Raunai; que monsieur de Sancerre et elle, étaient l'un et l'autre trop intéressés au mystère, pour ne pas avoir pris toutes les précautions qui pouvaient l'assurer: mais Juliette ne se calma point.
Raunai lui obéissait-il? elle ne devait plus le revoir, et dans ce cas, l'avait-elle assez remercié, lui avait-elle assez fait sentir combien elle était touchée d'un sacrifice aussi grand de sa part? Si les amants ordinaires n'ont jamais fini de se parler, combien devait-il rester à ceux-ci, de choses importantes à se dire?
Raunai était loin de balancer; ce qu'il avait promis lui paraissait tellement fait pour sa belle âme, qu'il n'eut pas un instant de repos, que l'échange ne fût proposé. Dès qu'il est jour, il vole chez le duc de Guise.
—Vous Raunai, dans ces lieux, lui dit le ministre étonné.
—Oui, monsieur le duc, moi-même, et la façon dont j'y viens, met à découvert, ce me semble, les intérêts qui m'y conduisent. Vous faites une injustice, monsieur, je la répare.
Le baron de Castelnau que vous retenez dans les fers n'est pas plus coupable que celui des officiers de votre parti qui le servent avec le plus de zèle; c'était à nous de le punir, puisqu'il a dû nous trahir cent fois; daignez le rendre à sa malheureuse fille que vous plongez au désespoir, et ne redoutez pas des ennemis aussi peu dangereux que lui.
Vous exigez le secret de l'entreprise, monsieur; moi seul je puis vous le révéler: que le baron soit libre, à l'instant tout vous sera découvert; n'imaginez pas que je veuille faire échapper une victime de vos mains, pour vous tromper après. Je vous demande la place et les fers du baron, et ma tête est à vous, si je manque au serment que je fais de vous dire tout.
—Avez-vous réfléchi, Raunai, dit le duc, à l'imprudence de votre procédé? Avez-vous senti que dès l'instant que vous étiez dans Amboise, vous deveniez prisonnier du roi sans qu'il fût besoin de vous livrer vous-même, et que dès lors les conditions que vous mettez à nous apprendre ce qu'on désire, devenaient d'autant plus inutiles, que les tourments nous suffisent pour obtenir de vous ces aveux.
—Si ma démarche est inconséquente, monsieur, reprit Raunai avec plus de fierté que de prudence, votre discours l'est bien davantage; il faut bien peu connaître la nation, il faut être, comme vous, étranger dans son sein, pour ignorer qu'on peut tout obtenir du Français par l'honneur, et rien par les supplices; essayez-les, monsieur, que vos bourreaux paraissent, vous verrez s'ils m'arracheront le moindre aveu.
—Et quel est l'intérêt que vous prenez à Castelnau?