Castelnau débuta par réclamer la parole du duc de Nemours.
—Il m'a juré, dit-il, de me conduire aux pieds du roi, pourquoi suis-je dans les fers?
—Toutes les paroles que Nemours a pu vous donner sont vaines, lui dit le duc de Guise; il n'y a aucun serment qui puisse être regardé comme sacré quand il est fait à un rebelle ou à un hérétique.[6]
—Ainsi donc, reprit Castelnau, je ne dois pas parler davantage de la lettre qu'il vous a plu de m'écrire: voilà des supercheries et des trahisons bien atroces envers un officier français!
On le somma de répondre avec la plus grande justesse à ce qui allait lui être proposé, en le menaçant de la question s'il altérait la vérité.
Castelnau se troubla, il pâlit.
—Vous avez peur baron, lui dit aussitôt le duc de Guise.
—Monsieur, répondit fermement Castelnau, je n'ai jamais tremblé devant les ennemis de la France, vous le savez; mais je suis intimidé devant les miens; peut-être dans le fond de votre âme en savez-vous la raison mieux qu'un autre; faites-moi rendre mes armes, monsieur le duc, ces armes qui m'ont fait si longtemps triompher près de vous, et qu'il paraisse alors celui qui pourra m'accuser d'avoir peur...... Ah! qui sait, monsieur, qui sait si vous ne trembleriez-pas plus que moi, dans le cas où le sort vous mettrait à ma place.... N'importe, que l'on m'interroge et je n'en répondrai pas moins juste.
Alors, suivant le droit insolent et barbare que les juges croyaient avoir de mentir en pareil cas, on lui dit que Raunai l'avait inculpé.
Il répondit que c'était impossible; on lui fit lecture des dépositions de la Bigue et de Mazère; il dit que ceux qui s'avilissaient jusqu'à devenir dénonciateurs, perdaient le droit d'être entendus comme témoins.