—Ai-je besoin de vous pour l'en accabler? je n'ai qu'un ordre à donner pour en devenir maître.
—Oui, vous pouvez tout, homme cruel; eh bien! j'obéirai, Juliette sera demain ici, mais si vous abusez de ma confiance, si vous avez l'infamie d'employer ma main pour vous assurer la victime, non-seulement vous n'apprendrez rien de ce que vous désirez savoir, mais nous nous immolerons plutôt tous deux près de vous, que de devenir l'un et l'autre la proie de votre insigne lâcheté. Homme trop favorisé de la fortune, vous ne savez pas ce que le malheur inspire à deux cœurs courageux, ce qu'il suggère, ce qu'il fait entreprendre; vous ignorez, quelle est l'énergie que le désespoir prête à l'âme, sauvez-nous de l'horreur de vous en convaincre, il n'y aurait ni fers ni supplices qui pussent vous préserver de notre fureur.
—Toujours dur et toujours défiant, Raunai, dit le duc.... Sortez, souvenez-vous de mes ordres; souvenez-vous que votre mort est sûre, si vous échappez l'un ou l'autre d'Amboise avant que je ne vous parle.
—Adieu.
Le premier soin de Raunai fut de rendre à Juliette tout ce qui venait de se passer; il ne déguisa point ses craintes, l'impossibilité qu'il y avait de démêler dans les regards du duc quels pouvaient être ses projets.
—Ô Juliette, dit Raunai dans la plus extrême agitation, si ce barbare allait nous sacrifier l'un et l'autre! Si nous avions nous-mêmes aiguisé le fer dont il va trancher le fil de nos jours, sans réussir à sauver Castelnau.
—Ne crains rien, dit fermement Juliette; obéissons et remettons-nous au ciel du soin de nous préserver.... Il le fera, il n'abandonne jamais ni le malheur, ni la vertu; Raunai.... fut-il entouré de tous ses gardes, il ne m'échappera pas, s'il veut nous trahir.
L'heure est venue.... nos deux amants s'embrassent; ils prennent le ciel à témoin de leur infortune, de leur tendresse.... ils l'implorent, ils se jurent de périr ensemble, s'ils sont contraints de céder à la force et se préparent à se rendre chez monsieur de Guise.
Juliette aurait bien voulu voir avant le comte de Sancerre, il n'avait point paru chez lui du jour.... cette circonstance.... celle du bruit entendu dans le jardin.... tout cela la troublait, mais elle n'osait témoigner son embarras; elle sentait le besoin d'inspirer de la confiance à Raunai, et paraissait encore plus courageuse que lui.
Dans le trajet de la maison du comte à celle du ministre, il leur fut impossible de ne pas s'apercevoir que des soldats les suivaient et ne les perdaient point de vue.