—Ô mon ami, dit Juliette à Raunai, en se précipitant dans ses bras un moment avant que d'entrer, sois sûr que quels que puissent être les événements, je ne te survivrai pas d'une minute.

Ils pénètrent, le duc est seul; mais les gardes restent en dehors.

—Raunai, dit monsieur de Guise, j'ai imaginé que la présence de celle que vous aimez ferait plus d'effet sur vous que des tourments, et que la crainte de l'en voir accablée elle-même, suffirait à vous faire avouer ce que vous prétendez savoir.

—Ainsi donc, répondit Raunai, vous abusez de la confiance que vous avez cherché à m'inspirer, et ce que vous avez exigé de moi, n'est que pour me trahir plus sûrement? Ignorez-vous les conditions auxquelles j'ai consenti de vous instruire? Avez-vous oublié que la liberté du baron en est la clause essentielle?

—Je n'imaginais pas qu'on dût composer dans les fers.

—Y sommes-nous, monsieur, dit Juliette avec fermeté? Et seriez-vous assez lâche pour nous obliger à craindre?

—Votre sort dépend de Raunai, madame, dit le duc.... qu'il parle, ou dans l'instant le cachot du baron va se fermer sur vous.

—Elle prisonnière, dit Raunai au désespoir..., gardez-vous, monsieur.... ah! vous avez bien raison, cette menace est plus cruelle que les tourments.... Eh bien! apprenez....

—Tais-toi, interrompit Juliette, ne vois-tu pas que c'est un piège; l'âme des traîtres éclate sur leur figure.... elle les décèle.

—Raunai, reprit le duc, vous m'en avez imposé, je sais tout; vous n'avez rien à me dire; votre seule intention était de sauver Castelnau; lui libre, et vous dans sa prison, cette femme, que mon seul tort est d'avoir adorée... d'idolâtrer peut-être encore... cette femme dis-je, s'attachait à mes pas, et ne les quittait plus qu'elle n'eût son amant ou ma vie.... Ai-je tort Juliette?