Ô vous qui tenez dans vos mains le sort de vos compatriotes, puissent de tels exemples vous convaincre que voilà les vrais ressorts avec lesquels on meut toutes les âmes! les chaînes, les délations, les mensonges, les trahisons, les échafauds, font des esclaves, et produisent des crimes; ce n'est qu'à la tolérance qu'il appartient d'éclairer et de conquérir des cœurs; elle seule en offrant des vertus, les inspire et les fait adorer.

Nota. Une exactitude trop scrupuleuse à suivre l'histoire n'eut jeté aucune sorte d'intérêt dans cette nouvelle; il a fallu s'en écarter pour ôter à ce récit appartenant plus au roman qu'à la vérité, l'air de massacre et de boucherie qu'il y a dans nos historiens.

Nous avons donc créé les personnages de Juliette, de Castelnau et de Raunai, ainsi que le trait du duc de Guise.

Raunai et Castelnau existent pourtant dans l'histoire; tous deux périrent sur les échafauds d'Amboise, et n'agirent point comme nous les présentons, à l'exception néanmoins de Castelnau dont l'interrogatoire ici ressemble assez à celui de l'histoire.

On a fort peu parlé du prince de Condé, parce qu'il agit peu dans Amboise, il y est ou trop grand, ou absolument inactif; comme trop grand il eut écrasé Castelnau et Raunai sur lesquels nous voulions répandre l'intérêt; comme inactif, il n'eut que du froid dans une anecdote...... la plus ingrate de nos annales, pour en sortir, une action nerveuse et dramatique, comme doit l'être celle d'une nouvelle historique.

[1] Le duc François de Guise, dans son contrat de mariage avec Anne d'Est, fille du duc de Ferrare et de Renée de France, ce qui le rendait oncle du roi, prend la qualité de duc d'Anjou, fondée sur la prétention qu'avait cette maison de descendre d'Iolande, fille de Renée d'Anjou; c'est celui-là, et le même dont il s'agit ici, qui fut assassiné devant Orléans; il fut la tige de la branche de Mayenne, éteinte en 1621, et père de Henri massacré à Blois; le fils de Henri, nommé Charles, fut père de Henri, duc de Guise, qui souleva la ville de Naples et qui n'eut point d'enfant. La postérité de ses frères a fini en 1675. (Voyez de Thou, et Hainault.)

[2] Il fut tué par un page du jeune Pardaillan: celui-ci l'ayant rencontré dans la forêt de Château-Renaud, courut sur lui le pistolet à la main; la Renaudie passa deux fois son épée au travers du corps de Pardaillan, dont il était cousin. Le page décharge sur-le-champ son arquebuse sur la Renaudie et l'étend sur le corps de son maître. On apporta le cadavre de la Renaudie à Amboise; on l'attacha à une haute potence au milieu du pont, avec cette inscription: «La Renaudie, dit la Forêt, chef des rebelles».

[3] Voilà comme germaient déjà dans ces âmes fières les premières semences de la liberté.

[4] L'événement où Henri de Guise, un des enfants d'Anne d'Est fut assassiné à Blois, ne rendait-il pas cette très-véritable complainte une sorte de prédiction?

[5] Raunai parle ici de l'anecdote de 1358, pendant que Charles V était régent du royaume, lors de la prison du roi Jean après la bataille de Poitiers. Les mécontents de la capitale ayant à leur tête Étienne Marcel, prévôt des marchands, massacrèrent dans la chambre même du dauphin régent, et à ses pieds, Robert de Clermont, maréchal de Normandie, et Jean de Conflans, maréchal de Champagne. C'est ce Marcel qui, la même année, voulut livrer Paris aux Anglais; mais comme il s'avançait vers la Porte Saint-Antoine, Maillard, fidèle citoyen, dont la statue devrait être érigée sur le lieu même, sauva la ville et assomma le traître d'un coup de hache. Nous avons bâti beaucoup d'églises, depuis, et pas un malheureux piédestal à cet homme célèbre.