—Votre ami Raunai, votre ami, et c'est à ce seul titre que je vous conjure d'abandonner des erreurs, dont votre âme sera la triste victime.
—Raunai, dit impétueusement Castelnau, offre ton sang à notre libérateur... le mien... celui de ton épouse; mais ne trahis jamais ta conscience; ne sacrifie point par un désaveu humiliant dont ton âme serait loin, le bonheur éternel qui t'attend au sein de notre religion pure.
—Allez mes amis, dit le duc, vous presser davantage serait perdre le fruit de l'action que vient de me dicter mon cœur. Jouissez de votre grâce et de ma protection; Dieu seul jugera nos âmes.
—Ah! monsieur le duc, s'écria Castelnau en se retirant avec sa fille et son gendre, que cette tolérance précieuse vous éclaire jusqu'à votre dernier soupir, et notre malheureux pays ne verra plus son sein inondé du sang de ses enfants; ce sang qui n'est dû qu'à la patrie, ne se répandra plus que pour elle, et bientôt la maîtresse du monde, elle verra tomber l'univers à ses pieds.
Le comte de Sancerre ne laissa point ignorer à la cour, la grande action du duc de Guise.
Les deux reines voulurent embrasser Juliette et Raunai. Ce fut là qu'on leur permit d'aller jouir en repos, dans leur province, de la liberté qu'on leur laissait sous le serment de ne jamais porter les armes contre l'état. Les reines accablèrent Juliette de présents.
Anne d'Est, même, qui n'avait appris une partie des torts de son époux, qu'avec leur sublime réparation, voulut voir sa rivale; elle la pria en l'embrassant, d'accepter son portrait.
—Je vous le donne, lui dit cette princesse, afin qu'il ajoute à votre triomphe.... afin qu'en vous comparant à lui, vous vous rappelliez chaque jour, combien devait être effrayée celle à qui la noblesse de votre âme rend le bonheur et la tranquillité et qui vous demande à tant de titres, d'être éternellement votre amie.
Ce grand trait de la générosité du duc de Guise ne calma pourtant point les troubles.
Nous laissons à l'histoire le soin de les apprendre, et nous nous bornons à remener dans leur province, Castelnau, Raunai et Juliette, où la prospérité, l'union la plus intime, les plus longs jours, et les plus beaux enfants, leur composèrent un bonheur solide.... digne récompense de leurs vertus.