Ersch dans sa France littéraire se borne à mentionner Aline et Valcour et les Crimes de l'Amour.
Commençons par les productions dramatiques. Le marquis aima constamment la comédie de société, et il se plaisait à faire jouer des pièces qui restaient d'ailleurs au-dessous du médiocre.
Il existe un drame en prose et en trois actes, imprimé à Versailles, l'an viii, in-8º; l'auteur ne se désigne que sous les initiales de ses prénoms et de son nom. Cette production a pour titre: Oxtiren, ou les Malheurs du libertinage, par D. A. F. S., Versailles, Blaizot, an viii, 2 feuillets et 48 pages. Elle figure au catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de Soleinne, nº 2542. Une note s'exprime ainsi: «L'auteur a beau prodiguer les noms de scélérat et de monstre à son héros, on sent qu'il le peint avec complaisance, d'après nature, qu'il lui prête ses sentiments. Il y a même beaucoup d'analogie entre sa propre histoire et le sujet de cette pièce. La théorie du crime se retrouve partout: «Ce valet m'impatiente, il frémit. Ces imbéciles-là n'ont point de principes; tout ce qui sort de la règle ordinaire du vice et de la friponnerie les étonne; le remords les effraie.»
Le rédacteur du catalogue en question émet l'opinion que Sade doit être l'auteur des pièces obscènes qui parurent, de 1789 à 1793, contre Marie-Antoinette, la princesse de Lamballe et madame de Polignac. Cette conjecture nous semble très-hasardée; Sade n'avait aucun motif de multiplier avec fureur des attaques infâmes contre le parti de la cour, et il ne manquait pas alors d'écrivains ignobles très-disposés à pousser la licence au delà de toutes les limites.
Nous trouvons au même catalogue, nº 3879, un manuscrit intitulé: Julia, ou le Mariage sans femme, folie-vaudeville en un acte. Le rédacteur met en note: «Cette pièce est sotadique, comme son titre l'indique. L'écriture ressemble à celle du marquis de Sade, qui avait, comme on sait, démoralisé les prisonniers de Bicêtre en les dressant à jouer des pièces infâmes qu'il composait pour eux.»
Nous croyons qu'il y a de l'exagération dans cette allégation. La tolérance des administrateurs de l'hospice n'aurait pu aller si loin. Quand au mot sotadique, ce n'est peut-être pas celui qu'il fallait employer, mais un autre emprunté aux habitudes des habitants d'une ville engloutie dans la Mer Morte.[19]
On connaît deux autres pièces de Sade qui furent reçues, la première, au Théâtre Français, en 1790 (le Misanthrope par amour, Sophie et Dufrasne) la seconde au théâtre Favart (l'Homme dangereux, ou le Suborneur). Ces comédies sont en vers; elles n'ont pas été imprimées. La Biographie universelle indique seize autres pièces de divers genres (il serait sans intérêt d'en donner les titres) dont les manuscrits restèrent entre les mains de la famille; elle mentionne un devis raisonné sur le projet d'un spectacle de gladiateurs, à l'instar des Romains, dans lequel Sade devait être intéressé. Cette idée était en effet digne de lui.
Le rédacteur du catalogue Soleinne (Mr Paul Lacroix, nº 3876) est porté à attribuer à Sade une autre pièce très-rare et que son titre fait rechercher: la France f...! Les personnages de cette comédie, qui s'intitule «lubrique et royaliste,» sont la France, l'Angleterre, la Vendée, le duc d'Orléans, le comte de Puisaye, le roi de Prusse, l'empereur François II et le roi d'Espagne, Charles IV. La dédicace au ministre de la police n'est pas longue: «Devine si tu peux, et choisis si tu l'oses.» La préface commence ainsi: «J'ai cherché à être lu par tout le monde. Si mon ouvrage va jusqu'à la postérité, je la supplie de ne pas me juger sur le style, mais sur le fond. Lecteurs, ne vous prévenez pas contre le titre; femmes aimables, pardonnez-le moi! plus vous me lirez, plus je réclame votre indulgence. Libertins, hommes de lettres, politiques, historiens, philosophes, patriotes, royalistes, étrangers, lisez-moi; j'écris pour vous tous. Et vous, souveraine de ma pensée, vous que j'adore, si vous me devinez, ne craignez rien pour le sentiment. J'ai écrit avec ma plume; mon cœur n'y est pour rien.»
Les notes présentent des faits curieux, mais d'une exactitude suspecte. L'auteur ne doute pas que son ignoble badinage ne produise des fruits honnêtes: «Lorsqu'il s'agit du bien, qu'importe comment on l'opère? N'avez-vous jamais pris de poison pour vous guérir?»
La pièce a été certainement imprimée après l'an 1796, date que semble désigner le chiffre de 5796; les vers suivants en sont la preuve: