Buonarparte règne en maître,
À sa guise il nous fait des lois,
Puis, en despote, il nous les donne.
Petit-fils d'un petit bourgeois,
Assis sur le trône des rois,
Que lui manque-t-il? la couronne.

Ce n'était qu'à l'époque du Consulat qu'il était possible de s'exprimer de la sorte.

Des notes sont remplies de traits mordants contre les hommes de l'époque. En voici deux échantillons: «Notre Brutus de Douay (Merlin), de mauvais mari, devint mauvais père, autant qu'il était mauvais Français.—Notre Caïn (J.-M. Chénier) dénonça son frère Abel, et le fit assassiner, non par la jalousie de ses succès, mais pour avoir ses ouvrages, qu'il nous donne comme les siens.»

La France f... a paru sur divers catalogues de vente (Saint-Mauris, Baillet, etc.). Nous la rencontrons aussi dans deux collections qui n'ont pas été dispersées, celles de Leber (nº 5016) et de Pixérécourt (page 368 du catalogue de 1839). Il en a été publié il y a quelques années une réimpression tirée à petit nombre.

La Biographie universelle indique aussi comme œuvres dramatiques de Sade, indépendamment de celles déjà mentionnées, l'Epreuve, comédie en un acte et en vers, saisie par la police en 1782, et non rendue, parce qu'elle contenait des passages libres; l'Ecole des jaloux; le Boudoir, reçu en 1791 au théâtre Favart, et un drame en trois actes: Cléontine, ou la Fille malheureuse.

Le plus célèbre des ouvrages de Sade, celui qui a voué son nom à l'infamie, c'est Justine, ou les Malheurs de la Vertu. Il en existe plusieurs éditions successivement accrues et amplifiées. Quelques détails bibliographiques à cet égard doivent trouver place ici. La première impression porte l'indication: en Hollande, chez les libraires associés, 1791, 2 vol. in-8, le 1er de 283 p. et le 2e de 191 p.—Autre édition, en Hollande, chez les libraires associés, 1791, 2 vol. in-12, le 1er de 337 p. et le 2e de 228 p.—Londres, 1792, 2 vol. in-18 (Paris-Cazin.) de 291 et 306 p. avec un frontispice, réduction de celui de l'édition originale. Il existe une reproduction ou contrefaçon en 4 volumes. Hollande, 1800, avec 4 frontispices, 6 figures obscènes.

Cette première rédaction, tout abominable qu'elle soit, l'est un peu moins que la suivante, qui est la seconde. Les horreurs de Bressac, par exemple, sont commises sur sa tante, au lieu de sa mère.—Troisième édition, corrigée et augmentée: Philadelphie, (Paris), 1794, 2 vol. in-18 avec 6 grav. jolie impression.

La Nouvelle Justine, ou les Malheurs de la Vertu suivie de Juliette, sa sœur, ou les Prospérités du Vice, ouvrage orné d'un frontispice et de cent sujets gravés avec soin. Hollande (Paris, Bertrandet?), 1797,[20] 10 vol. in-18 dont 4 de Justine et 6 de Juliette.—Troisième rédaction, dans laquelle le marquis de Sade a poussé les atrocités au dernier période.—L'auteur, dit-on, imprima lui-même son ouvrage dans un souterrain. On dit que Saint-Just, de la Convention, le lisait pour s'exciter à la cruauté. L'auteur en adressa un exemplaire sur papier vélin à chacun des membres du Directoire. On doit trouver, à la fin du tome VI, l'indication au relieur, contenant l'ordre des gravures, en 4 pages, qui a été enlevé dans beaucoup d'exemplaires. Cette indication est nécessaire pour vérifier le nombre de gravures, incomplet dans la plupart des exemplaires, tantôt pour quelques-unes des figures, tantôt pour d'autres—Juliette, ou la suite de Justine, avait paru pour la première fois en 1796, en 4 vol. in-8º. (Voir Barbier, Dict. des Anonymes, nº 9127.) Dans l'édition de 1797, elle occupe 6 vol. in-18 avec 60 grav.—Un bibliophile nous remet la note suivante: «Je crois qu'il existe d'autres éditions portant le même titre que l'édition de Hollande, 1797, mais peut-être n'est-ce que cette édition avec des gravures différentes. J'ai vu plusieurs exemplaires d'une édition dont les planches, copiées exactement sur celles de l'édition de 1797, sont moins bien exécutées, et dans tous les exemplaires que j'ai vus, il n'y a que 100 figures, y compris le frontispice. La figure du tome II, p. 241 de l'édition de 1797, représentant une parodie des cérémonies religieuses, est omise. Dans une autre édition, les figures sont lithographiées et souvent modifiées. Je crois que le nombre de ces lithographies est moins considérable. En sus des trois séries de figures que j'ai vues, j'ai une portion d'une suite de gravures semblables à celles de l'édition de 1797; la planche que je viens d'indiquer s'y trouve. Ces figures sont presque au trait; peut-être faut-il y reconnaître un tirage des planches originales avant qu'elles n'eussent été terminées.»

Toutes les éditions de cet ouvrage sont rares et chères, et un exemplaire complet et bien conservé ne se cède guère aujourd'hui à moins de 600 et 800 francs.—Il y a eu, pour Justine, une condamnation le 19 mai 1815, et une autre condamnation a été insérée au Moniteur du 15 décembre 1843.

Justine est un récit d'atrocités et de folies sanguinaires beaucoup plus qu'érotiques; la difficulté de comprendre le motif qui avait pu dicter cet ouvrage a fait quelquefois supposer la folie chez son auteur. Cependant, comme le fait observer M. Paul Lacroix, dans la 5e de ses Dissertations sur divers points curieux de l'histoire de France, plusieurs personnages ont pu lui servir de modèle, et notamment le maréchal de France, Gilles de Rais ou Retz étranglé en 1440 et qui avait exécuté une partie de ce que Sade a décrit.[21]