Pauline de Belval, Mémoire anecdote parisienne du dix-huitième siècle, 1796, 2 vol. in-12, 1816, production indiquée dans la Bibliographie-romancière de M. Pigoreau; Luérard dit ne pas la connaître, et nous ne l'avons point rencontrée.

Il existe un roman mal écrit, mal intrigué: l'Étourdi, Lampsaque, 1784, 2 vol. in-12. L'auteur ne s'est pas gêné pour transcrire littéralement de longs passages dans d'autres livres de l'époque et pour les enchasser dans ses peu édifiantes narrations. M. P. L. (Paul Lacroix), dans une note qui accompagne l'annonce d'un exemplaire de cet ouvrage (Bulletin du bibliophile, 1857, p. 153), l'attribue à Sade. Le chapitre intitulé la Comédie n'est qu'un souvenir du théâtre de société que le marquis avait inauguré dans son château de la Coste, où les médecins l'envoyèrent se refaire de ses fatigues de débauche, et où il amena mademoiselle Beauvoisin, actrice du Théâtre-Français, qu'il faisait passer pour sa femme. Voici quelques lignes à ce sujet (tome II. p. 84), dans lesquelles on reconnaît l'auteur de tant de turpitudes: «Comme je n'ai jamais ressemblé à ces malades dont Molière a si bien peint le ridicule, qui n'ont jamais d'autre occupation que de se médicamenter, qu'il me faut un objet de dissipation et que l'amour ne pouvait m'en fournir dans ces pays où presque toutes les femmes ont encore de la vertu ou du moins les sots préjugés qui la remplacent, que je n'avais ni la volonté ni le désir de les combattre, j'employai mon temps à former une troupe pour jouer la comédie en société: passion que j'ai toujours eue et qui souvent m'a tenu lieu de bien d'autres. Que d'obstacles n'eus-je pas à vaincre avant de réussir! C'était la conquête de la Toison d'Or. Il me fallut terrasser tous ces monstres qu'on nomme préjugés et qu'il est difficile de détruire et même d'affaiblir dans l'esprit des personnes qui les ont reçus dans leur enfance.»

À la fin de ce roman, qui offre parfois, pour les noms des personnages, des anagrammes qu'il serait curieux de déchiffrer et qui côtoie en quelque sorte les aventures du marquis lui-même, l'auteur revendique pour son compte une plaisante mystification dont le Journal de Paris fut complice involontaire en 1777, et que les Mémoires de Bachaumont ont prise au sérieux: c'est le jeune homme à marier proposé en loterie à 3,000 francs le billet. Sade fut-il, en effet, l'inventeur de cette facétie?

Mentionnons aussi Zoloé et ses deux acolytes; chez tous les marchands de nouveautés, thermidor, an VIII. Turin (Paris) in-18, frontispice gravé, non signé. Les productions immondes de Sade sont mentionnées avec complaisance dans ce petit roman. Hâtons-nous de dire que, si Zoloé outrage la décence, elle n'est pas, du moins, plus coupable qu'une foule d'autres œuvres plus ou moins lestes qui se sont multipliées depuis un siècle. Quant au but que poursuit ce pamphlet, on découvre que c'est une satire violente, et, qui plus est un tissu de calomnies dirigées contre Joséphine de Beauharnais, alors épouse du premier consul. Les deux acolytes que lui assigne l'auteur, et qu'il affuble des noms de Laureda et de Volsange, passent pour avoir été mesdames Tallien[25] et Visconti. Dès l'avant-propos, la situation de l'héroïne est tracée de manière à dissiper toute incertitude:

«Qu'avez-vous, ma chère Zoloé? Votre front sourcilleux n'annonce que la triste mélancolie. La fortune n'a-t-elle pas assez souri à vos vœux? Que manque-t-il à votre gloire, à votre puissance? Votre immortel époux n'est-il pas le soleil de la patrie?»

Vient ensuite un portrait dans lequel l'âge, la patrie, la famille, tout s'accorde point pour point avec la personne que l'on voit attaquée par le libelliste avec tant d'audace:

«Zoloé a l'Amérique pour origine. Sur les limites de la quarantaine[27], elle n'en a pas moins la prétention de plaire comme à vingt-cinq; un ton très insinuant, une dissimulation hypocrite consommée; à tout ce qui peut séduire et captiver, elle joint l'ardeur la plus vive pour les plaisirs, une avidité d'usurier pour l'argent qu'elle dissipe avec la promptitude d'un joueur, un luxe effréné qui engloutirait les revenus de dix provinces. Elle n'a jamais été belle; mais sa coquetterie déjà raffinée avait attaché à son char un essaim d'adorateurs. Loin de se disperser par son mariage avec le comte Bermont, ils jurèrent tous de ne pas être malheureux, et Zoloé, la sensible Zoloé, ne put consentir à leur faire violer leur serment. De cette union sont nés un fils et une fille, aujourd'hui attachés à la fortune de leur illustre beau-père.»

Quant à Laureda, elle justifie l'opinion qu'on a conçue de la nation espagnole: «elle est tout feu et tout amour. Fille d'un comte de nouvelle date[26], mais extrêmement riche, sa fortune lui permet de satisfaire tous ses goûts.»

L'auteur raconte en style très négligé et très incorrect des orgies où figurent ces trois dames; il les met en scène avec Fessinot, époux de Laureda, avec l'ex-domestique Parmesan et l'ex-capucin Pacôme. Il serait assez inutile de rechercher quels sont les personnages cachés sous ces divers noms.

Chemin faisant, on rencontre de vives attaques contre des gens alors en évidence et dont la conduite n'était pas édifiante. Les mésaventures du sénateur D..., libertin perdu de vices, l'ardeur de S... pour le jeu, sont l'objet de sarcasmes violents; l'intempérance du représentant du peuple C... fournit le sujet d'un tableau repoussant.