Dans le chapitre 26, Restif revient sur l'idée qui l'a guidé: «J'ai un but important: je veux préserver les femmes de la cruauté. L'Anti-Justine, non moins savoureuse, non moins emportée que la Justine, mais sans barbarie, empêchera désormais les hommes d'avoir recours à celle-ci; la publication du concurrent antidote est urgente, et je me déshonore volontiers aux yeux des sots, des puristes et des irréfléchis pour la donner à mes compatriotes.»

Restif a poussé la prévoyance jusqu'à indiquer minutieusement les sujets d'un grand nombre d'estampes destinées à accompagner ce qu'il avait composé de l'Anti-Justine, nous avons dit qu'elles n'avaient jamais existé.

M. Paul Lacroix dans le volume qu'il a publié sous le titre de Bibliographie et Iconographie, de tous les ouvrages de Restif de la Bretonne, (Paris, A. Fontaine, 1875, gr. 8.) entre, au sujet de l'écrit qui nous occupe (p. 413 et suiv.) dans de longs détails auxquels nous renvoyons.

La Philosophie dans le Boudoir, de Sade, est un ouvrage tout aussi dégoûtant que Justine. C'est une série de dialogues et d'orgies entre quelques libertins, dignes émules du marquis, et des femmes bien faites pour figurer dans une pareille société. De longues discussions philosophiques, où s'étalent l'athéisme le plus effronté et la négation de toute morale, se mêlent à des scènes ignobles. On connaît deux éditions, Londres, (Paris,) dépens de la Compagnie, MDCCXCXC (sic pour 1795) 2 parties, petit in-12 de 190 et 216 pages avec un joli frontispice non libre et 4 figures libres médiocres.—A été réimprimé en 1830, en 2 volumes in-18, avec 10 lithographies obscènes; et aussi depuis, avec des gravures libres.

Nous avons vu une édition où des photographies fort mal faites remplacent les lithographies.

Nous ne connaissons que de titre la Théorie du libertinage que Restif de la Bretonne, dans son étrange auto-biographie, intitulée Monsieur Nicolas, mentionne comme un ouvrage de Sade; il n'est pas probable qu'elle ait été imprimée.

Aline et Valcourt, ou le Roman philosophique, écrit à la Bastille, un an avant la Révolution, est une production épistolaire qui fut publiée en 1793, chez Girouard, libraire, en 8 volumes petit in-12[24] 8 faux-titres et 16 figures. La figure du tome III page 216 manque souvent; elle est trop découverte. On y retrouve ces personnages ayant les goûts cruels ou dépravés que Sade plaçait dans tous ses écrits. Il se met en scène sous le nom de Valcourt, et il retrace quelques traits de sa propre histoire. D'après la Biographie universelle, ce roman, moins immoral que Justine, est peut-être plus dangereux, parce qu'il n'offre pas des tableaux aussi dégoûtants. D'après M. Pigoreau (Petite bibliographie romancière), quelques extraits de cet ouvrage, choisis dans ce qu'il y a de plus admissible, ont été insérés dans deux romans fort oubliés aujourd'hui, publiés à l'époque du Directoire, et qui pourraient bien être aussi des productions de Sade: Valmor et Lydia. 1798, 3 volumes in-12; Alzonde et Koradin, 1799, 2 volumes in-18.

Les tirades ultra-philosophiques abondent dans le roman de Sade; un des principaux personnages est un président aussi cruel que débauché, souillé de crimes et de turpitudes. De très-longs épisodes coupent le récit; un d'eux fait le tableau du gouvernement d'un roi nègre qui a établi dans ses États un régime tout à fait contraire aux idées de morale admises chez les nations civilisées, régime dont ses sujets se trouvent très-satisfaits et très-heureux; un autre hors-d'œuvre retrace les malheurs d'une femme qui est tombée au pouvoir de l'Inquisition, et il va sans dire que Sade, tout en prodiguant les épithètes de monstre et de scélérat au grand-inquisiteur, don Crispe Brutaldi Barbaridos de Torturentia, décrit avec complaisance la luxure et la férocité de cet exécrable personnage.

On a attribué à Sade deux autres romans:

La Marquise de Ganges, 1813, 2 vol. in-12, récit ennuyeux et sombre, mais non licencieux d'une histoire criminelle et véritable; toutefois Sade altérait la réalité des faits afin de noircir la mémoire d'une infortunée victime des machinations de quelques scélérats.