On a dit que l'édition de 1797 avait été exécutée avec luxe; c'est une erreur; l'impression est fort ordinaire; les gravures sont bien médiocres[22].

Les dessins originaux existent encore aujourd'hui, avec des annotations de la main de Sade, dans le cabinet d'un bibliophile qui a réuni un grand nombre de livres difficiles à rencontrer.

L'Histoire de l'art pendant la Révolution, écrite par M. J. Renouvier et publiée par M. A. de Montaiglon, parle d'un frontispice gravé par Chéry et qui est peut-être destiné «à un de ces livres infâmes d'un maniaque qui souilla l'époque de la liberté.»

En 1835, un spéculateur en librairie eut l'idée de faire écrire un roman très-mal fait qu'on intitula Justine, ou les Malheurs de la vertu, avec une préface par le marquis de Sade (on donna en effet un extrait de la préface). 2 vol. in-8º. Cette narration, où figuraient des voleurs et des garnements de la pire espèce étalant des principes fort peu édifiants, fut, dit-on, rédigée par un auteur d'un ordre infime, le fécond Raban, publiée par un éditeur nommé Bordeaux (Fr.-M. J.) Ce livre fut annoncé publiquement; le scandale fut grand: l'autorité intervint, et l'éditeur, traduit en justice, fut condamné à six mois de prison et 2.000 francs d'amende.

Il existe un ouvrage de Restif intitulé l'Anti-Justine. Au Palais-Royal, chez feue la veuve Girouard, très connue, 1798, 2 parties, in-12; la première 204 pages, la seconde s'arrête à la page 252; l'impression n'a pas été achevée. Le titre annonce 60 figures qui n'ont jamais paru. L'impression commencée, vers 1798, par Restif, écrivain typographe, et qu'il exécutait lui-même, est restée inachevée et il n'en a été tiré que fort peu d'exemplaires, qui, sans doute, ont été détruits pour la plupart. On prétend qu'on n'en connaît plus que cinq ou six. Un se trouve, dit-on, dans la réserve de la Bibliothèque nationale; un autre aurait été payé 2,000 francs par un riche Anglais, amateur du fruit défendu en fait de raretés bibliographiques[23]. Quoi qu'il en soit, l'ouvrage est aujourd'hui assez répandu, parce qu'il a obtenu récemment plusieurs réimpressions exécutées en Belgique, l'une en 2 vol. in-18, avec de mauvaises lithographies coloriées, les autres beaucoup plus soignées, est in-12, avec des gravures.

L'Anti-Justine est un tissu d'ordures révoltantes; L'auteur semble s'être proposé de dépasser tout ce qu'on avait osé écrire jusqu'alors en fait de cynisme. Cette production est mise sous le nom de Linguet, qui en est fort innocent. Elle est divisée en 48 chapitres, dont il est presque toujours impossible de transcrire les titres; en voici, du moins, quelques-uns qu'on peut citer: Du bon Mari Spartiate.—Des Conditions du Mariage.—Du Dédommagement.—Du chef-d'œuvre de tendresse paternelle.—D'une nouvelle Actrice, etc.

En écrivant ces ordures, Restif s'était proposé, à ce qu'il prétend, un but moral. Il s'exprime de la façon suivante, dans un Épilogue:

«J'ai longtemps hésité pour savoir si je publierai cet ouvrage posthume du trop fameux Linguet. Le casement déjà commencé, je résolus de n'en tirer que quelques exemplaires pour mettre quelques amis éclairés et deux ou trois femmes d'esprit à même de juger sciemment de son effet, et s'il ne fera pas autant de mal que l'œuvre infernale à laquelle on veut le faire servir de contre-poison. Je ne suis pas assez dépourvu de sens pour ne pas sentir que l'Anti-Justine est un poison; mais ce n'est pas là ce dont il s'agit. Sera-ce le contre-poison de l'infâme Justine? Voilà ce que je veux consulter près des hommes et des femmes désintéressés qui jugeront de l'effet que le livre imprimé produit sur eux et sur elles.

«On a vu par la table même combien cet ouvrage est saturé, mais il le fallait pour produire l'effet attendu. Jugez donc, mes amis, et craignez de m'induire en erreur.

«L'ouvrage aura cinq, six ou sept parties comme celle-ci. Il est destiné à ramener les maris blasés auxquels les femmes n'inspirent plus rien. Tel est le but de cette étonnante production que le nom de Linguet rendra immortelle.»