«—Parfaitement, Sire.»

«—Dans ce cas, c'est fait, dit-il. Vous pouvez aller l'apprendre à
Montalivet.»

Et avec ce charmant sourire dont on a tant parlé:

«—À présent, m'avez-vous pardonné?»

Je lui répondis de mon meilleur air:

«—J'ai besoin aussi que Votre Majesté me pardonne de lui avoir parlé si librement.»

«—Oh! vous avez très bien fait.»

Je lui fis la révérence, et il s'approcha de la porte pour me l'ouvrir lui-même.

Je retrouvai, en sortant, Adrien de Mun et Juste de Noailles, qui me demandèrent si j'avais arrangé mes affaires. Je leur répondis seulement que l'Empereur avait été très aimable pour moi. Sans perdre de temps, je remontai en voiture, et prenant Mme de Duras qui, ne pouvant maîtriser son impatience, était venue m'attendre dans l'allée de Trianon, nous retournâmes à Paris.

Après avoir déposé Mme de Duras à sa porte, j'allai chez M. de Montalivet, où j'arrivai vers 2 heures et demie. Il me reçut avec amitié, d'un air fort triste, en me disant: «Ah! je n'ai rien pu empêcher. L'Empereur est très monté contre votre mari. On lui a fait mille contes. On prétend que l'on va chez vous comme à la cour.» Dans le but de m'amuser un peu de lui, je répondis: «Mais ne serait-il pas possible de replacer mon mari?»—«Oh! fit-il, je n'oserais jamais proposer une chose semblable à l'Empereur. Quand il est indisposé, justement ou injustement, contre quelqu'un, on a de la peine à le faire revenir.»—«Eh! bien,» répliquai-je d'un air un peu cafard, «il faut baisser la tête. Cependant, lorsque vous irez ce soir à Trianon pour présenter à signer les quatre nominations de préfet…»—«Mais, d'où savez-vous cela?» s'écria-t-il avec emportement. Sans avoir l'air de le comprendre, j'ajoutai: «Vous proposerez M. de La Tour du Pin pour la préfecture d'Amiens.» Il me regarda avec stupéfaction, et je repris tout simplement: «L'Empereur m'a chargée de vous le dire.» M. de Montalivet poussa un cri, me prit les mains avec beaucoup d'amitié et d'intérêt, et en même temps, me regardant des pieds à la tête: «Vraiment, dit-il, j'aurais dû deviner que cette jolie toilette-là, le matin, ne m'était pas destinée.»