4o. La flamme de l’alcohol (la plus pure de toutes) nous est visible, & le cone lumineux qui va fondre l’Or dans le foyer du verre ardent, échappe entierement à notre vûë; marque certaine que l’esprit qui compose l’alcohol n’est pas du Feu, & qu’il ne se change point en Feu: Donc les particules que le Feu enleve des corps, & qui disparoissent à nos yeux, ne se changent point en Feu.

Ce que c’est que la flamme & la fumée. A l’égard des parties plus grossieres des corps, le Feu les attenuë, & les transforme en un fluide élastique, que nous voyons tantôt sous la forme de fumée, lorsqu’il ne contient pas encore assez de particules de Feu pour briller, & tantôt sous celle de flamme, lorsqu’il en contient une plus grande quantité; ainsi la fumée ne différe de la flamme, que par le plus ou le moins de particules ignées qu’elles contiennent l’une & l’autre, elles montent toutes deux dans l’air par leur legereté spécifique, & par l’action du Feu qui les enleve & qui tend en haut, comme je l’ai déja dit.

En quelle proportion les différens corps se consument. Le Feu consume les corps plus ou moins vîte, selon leur densité; ainsi dans un mêlange d’Esprit de Vin, d’Huile, de Camphre, de Sel ammoniac, de Terre & de Limaille de bois, l’Esprit de Vin brûle le premier, & la flamme a la même couleur que s’il étoit seul, & tous les autres corps de ce mélange brûlent de même successivement selon leurs densités respectives.

L’air à cause de son élasticité, & l’atmosphere à cause de son poids, Pourquoi l’air est nécessaire au Feu pour brûler. sont aussi nécessaires au Feu pour entretenir son action, que la matiere même qui lui sert d’aliment; ainsi les matieres les plus combustibles ne brûleroient point sans air, & l’air ne s’enflammeroit jamais, si les exhalaisons ne mêloient pas de cette huile alimentaire à sa substance.

L’atmosphere pese sur un Feu d’un pied en quarré, comme un poids de 2240 livres environ; ce poids étant sans cesse agité, & pressant sans cesse par de nouvelles secousses, sur le corps que le Feu consume, augmente la puissance du Feu dans ce corps, à peu près par la même raison qu’un corps s’enflamme d’autant plus promptement par le frottement, que celui qui lui est successivement appliqué est plus pésant; car dans tous les feux que nous allumons, l’atmosphere fait sur le corps qui s’enflamme, le même effet qu’un corps qu’on appliqueroit successivement sur un autre par le frottement.

Pourquoi l’eau éteint le Feu, & pourquoi un soufflet l’allume. C’est par cette raison que l’eau éteint le feu, & qu’un soufflet l’allume; car l’eau empêche que les oscillations que l’air communiquoit au Feu, parviennent jusqu’à lui, & le soufflet au contraire rend les vibrations de l’atmosphere plus fortes & plus fréquentes.

La force avec laquelle un soufflet double de Forge pousse l’air dans le Feu, étant égale à la 30e. partie du poids de l’atmosphere, cette force doit faire sortir l’air avec une grande vîtesse, & le renouveller à chaque moment. On peut juger par-là combien un vent violent doit augmenter le Feu.

Des causes de l’extinction du Feu. Le Feu dure tant que l’action & la réaction excitée par cette pression de l’atmosphere subsiste. Ainsi trois choses peuvent faire cesser le Feu.

1o. La consommation du corps combustible.

2o. La suppression du poids de l’atmosphere.