La regle du quarré des distances n’a pas lieu dans la chaleur comme dans la lumiere. Cette conclusion seroit très-juste, si la chaleur & la lumiere étoient asservies aux mêmes loix.

La lumiere n’étant que le Feu transmis en ligne droite jusqu’à nos yeux, ce Feu ne peut nous éclairer que par la quantité des rayons qu’il nous envoye.

Mais il paroît qu’il n’en est pas de même de la chaleur. Le Feu, par sa chaleur, fait plusieurs effets sur les corps, qui ne paroissent pas pouvoir être attribués à la quantité seule de ses parties, rassemblées dans un plus petit espace.

Le Feu n’agit pas seulement par le nombre de ses parties. 1o. L’effet le plus prompt & le plus violent que le Feu puisse faire, se produit par l’attrition de deux corps durs, le fer, & la pierre: or on ne peut attribuer, ce me semble, la vitrification presque instantanée de ces corps, à la seule quantité des parties du Feu.

Cette expérience prouve encore que tout le Feu ne vient pas du Soleil, car elle réussit aussi-bien à l’ombre qu’au Soleil, & la nuit que le jour.

Preuves. 2o. Le Pyrometre nous apprend qu’un Feu double n’opere pas un effet double, ni un Feu triple un effet triple dans la dilatation des corps: Donc le Feu n’agit pas toujours en raison de sa quantité.

3o. Les Phosphores brûlans produisent des effets qui ne peuvent être attribués à la seule quantité du Feu qu’ils contiennent.

4o. La chaleur du cone lumineux qui va fondre l’Or & les Pierres dans le foyer du miroir ardent, est à 5 pouces de ce foyer, très-supportable à la main, & le Thermometre dans cet endroit, ne monte qu’à 190 degrés: or comment se peut-il que par la seule densité des rayons, le Feu fasse des effets si différens à 5 pouces de distance seulement?

5o. Ce Phénomene nous apprend encore que la résistance que les corps solides apportent à l’action du Feu, est une des causes qui augmentent le plus son activité, c’est ce qui fait qu’il regne un grand froid au-dessus de l’atmosphere.

6o. Si ces effets si prompts & si violens du miroir ardent, devoient être attribués à la seule quantité des rayons qu’il rassemble à son foyer, il seroit impossible que la chaleur du Soleil fût si moderée, & qu’en Hiver même où il nous donne une chaleur si médiocre, le miroir ardent fît cependant ses plus grands effets; c’est ce que M. Lémery a très-bien remarqué: cet habile homme attribuë cette différence à l’air qui est entre le Soleil & nous, & qui modere la chaleur des rayons du Soleil, comme le bain-marie tempere la chaleur de notre Feu; mais ne pourroit-on pas lui répondre que l’air est également entre le miroir ardent & son foyer, comme entre le Soleil & nous? & que par conséquent il devroit tempérer les effets des rayons rassemblés par ce miroir, comme il tempere ceux des rayons que le Soleil nous envoye, le miroir & nos yeux les recevant du Soleil également affoiblis.