3o. On dira peut-être que l’air & l’eau augmentent aussi le volume des corps, & qu’ainsi on ne peut faire de la raréfaction la propriété définitive du Feu.

On ne peut nier que l’air & l’eau ne fassent cet effet sur les corps; mais en augmentant leur volume, ils ne les séparent pas jusques dans leurs parties constituantes, ils ne les font point s’évaporer, se quitter les unes les autres, comme le Feu, ainsi l’espece de raréfaction qu’ils opérent quelquefois dans les corps, est essentiellement différente de celle qui y est opérée par le feu; peut-être même cette espéce de raréfaction que l’air & l’eau opérent, est-elle causée par le Feu lui-même, car c’est par le mouvement que l’air & l’eau pénétrent dans les corps, & le mouvement interne des corps ne leur vient vraisemblablement que du Feu qu’ils contiennent.

L’eau glacée augmente à la vérité son volume, & surnage l’eau liquide, quoiqu’elle contienne beaucoup moins de Feu lorsqu’elle est glacée que lorsqu’elle est dans son état de fluidité, mais ce phénomene doit être attribué à une cause particuliére, dont je parlerai dans la seconde Partie de cet ouvrage.

4o. On peut dire encore que le Feu ne raréfie pas tous les corps, que la corne, la crotte & beaucoup d’autres corps s’endurcissent au Feu, y diminuent le volume: or ces effets sont précisément le contraire de la raréfaction, donc la raréfaction ne peut être la propriété universelle du Feu, puisqu’il y a des corps dans lesquels il produit des effets tout opposés.

Cette objection tombera d’elle-même, si on fait réfléxion, que le Feu n’endurcit ces corps, & ne les réduit sous un plus petit volume, que parce qu’il les a réellement raréfiés, parce qu’il a fait évaporer l’eau qui étoit entre leurs parties, & qu’alors les parties qui ont résisté à son action, sont d’autant plus compactes, occupent d’autant moins de volume, que le Feu a enlevé plus de matiére aqueuse d’entre leurs pores.

5o. Enfin, on peut objecter que les rayons de la Lune qui sont du Feu, ne raréfient point les corps qu’on leur expose. Mais les bornes de nos sens sont si étroites, qu’il ne nous est guéres permis de rien affirmer sur leur rapport, ainsi quoique les rayons de la Lune, quelque rassemblés qu’ils soient, ne fassent aucun effet sur le Thermometre, nous ne pouvons pas en conclurre qu’ils sont entierement privés du pouvoir de raréfier; nous sommes certains seulement qu’ils sont incapables d’exciter en nous la sensation que nous avons appellé chaleur, mais peut-être inventera-t-on quelqu’instrument assez fin pour nous découvrir aussi dans les rayons de la Lune ce pouvoir raréfactif qui paroît inséparable du Feu.

La raréfaction des corps par le Feu, paroît une des loix de la Nature. La raréfaction que le feu opére sur tous les corps qu’il pénétre, paroît être une des loix primitives de la Nature, un des ressorts du Créateur, & la fin pour laquelle le Feu a été créé; sans cette propriété du Feu tout seroit compact dans la Nature; toute fluidité, & peut-être toute élasticité vient du Feu, & sans cet agent universel, sans ce souffle de vie que Dieu a répandu sur son ouvrage, la Nature languiroit dans le repos, & l’Univers ne pourroit subsister un moment tel qu’il est.

Ainsi loin que le mouvement soit la cause du Feu, comme quelques Philosophes l’ont pensé, le Feu est au contraire la cause du mouvement interne dans lequel sont les parties de tous les corps.

C’est ici le lieu d’examiner les raisons qui prouvent que le Feu n’est pas le résultat du mouvement.

III.
Si le mouvement produit le Feu.