— Je dérange ! Pardon ! Je m’en vais !
Mais, d’un vaste fauteuil, couvert de cretonne à ramages, la voix rieuse s’éleva, entre des volutes de fumée bleuâtre, fleurant une fine odeur de tabac oriental.
— Plaignez votre maman, Rosalinde ! J’avais le cerveau débrouillé, au réveil ! Alors nous en sommes à la douzième lettre ! Tante Daisy devait beaucoup de réponses. Mme Airvault va prendre en grippe les Marwell de toutes les générations. Si mes yeux étaient moins mauvais, je n’abuserais pas ainsi de sa complaisance !
— Et que ferais-je alors ? dit Madeleine affectueusement. Vous vous ingéniez à m’éviter toute peine.
— Eh bien ! darling, à mon exemple, vous apprécieriez le far niente ! Far niente ! Il faut avoir vécu en Italie pour comprendre ce délice. Far niente ! Boire le soleil, s’engourdir, ne plus penser ! Presque le nirvana !
Et miss Marwell éclata de son joli rire, si juvénile qu’on s’étonnait de voir des cheveux de neige à la créature fantastique, frêle et mignonne, qui jetait ces trilles perlés.
Raymonde s’approcha et baisa respectueusement la main fluette, pendante sur la cretonne fleurie.
— Far niente ! Je doute, princesse Titania, que vous vous donniez souvent ce loisir, car cessez-vous jamais de chercher quel bienfait commettra cette main-là ?
— C’est la gauche ! Elle n’est utile qu’à manier la fourchette et à tenir le violon ! s’écria miss Marwell. Ah ! my dear, j’ai pitié de vos jambes, trop souvent au repos, entre nous ! Exercez-les en portant ce fatras à la poste ! Vous avez une grande heure libre jusqu’au lunch ! Mais…
Raymonde, rappelée par ce mot, s’arrêtait sur le seuil :