C’était bien le délicieux visage, nimbé d’or fin, qui frôlait sa joue ! Et le petit Loys déjà lui tiraillait énergiquement le bras.

Raymonde, interdite, en se détournant, ne découvrit pas ceux qui eussent pu accompagner le frère et la sœur, c’est-à-dire M. et Mme Davier, mais deux grandes fillettes, grimaçantes et rougissantes, Mariette et Suzie Desroches, et un jeune homme, brun de cheveux, bronzé de peau, portant à la boutonnière le ruban vert et rouge de la croix de guerre, qui se tenait droit et sérieux durant l’accostage.

— Je viens de t’écrire, Évelyne ! Cinquante centimes de perdus ! Comment te trouves-tu ici sans crier gare ?

— Par le bon plaisir de nos papas docteurs, qui ont voulu visiter certain ami de la Faculté de Lausanne ! Je crois, entre nous, qu’ils étaient enchantés de mettre le pied hors des frontières !

— Et nous donc ! firent les petites Desroches.

— Alors, par faveur grande, malgré les passeports exigés, les marmots des deux familles ont été admis à visiter les bords du Léman, pendant quatre jours. Oh ! ajoutait Évelyne, suis-je étourdie ! Le plaisir de la surprise me fait négliger l’étiquette ! Au fait, M. Valentin Clozel a peut-être déjà rencontré Mlle Raymonde Airvault chez notre amie commune, Mme Forestier ?

— J’ai eu cet honneur ! dit le jeune homme, s’inclinant.

— Je m’en souviens, en effet ! murmura Raymonde, répondant au salut.

Un carillon annonçait midi. La jeune fille laissa dans le vague les réminiscences :

— Ah ! mon Dieu ! l’heure du lunch ! Je devrais être rentrée ! De quel côté vous dirigez-vous ?