Mme Davier réglait déjà l’addition, un sourire méphistophélique au coin des lèvres. L’explication finale, à Montreux, offrirait sans doute quelque ambiguïté. Mais l’essentiel était de fuir promptement une promiscuité gênante et irritante. Et elle s’applaudissait d’en arriver à ses fins par une manœuvre aussi audacieuse qu’expéditive.

II

Miss Marwell, remontée dans ses appartements, en compagnie de Mme Airvault, Raymonde, victime des convenances, resta seule exposée à l’ennui des adieux — d’ailleurs fort abrégés. Quand elle entra dans la chambre de miss Daisy, elle vit cette dernière, guignant derrière son rideau le départ des excursionnistes, tout en allumant une cigarette.

— Bon voyage ! Je n’aime pas du tout la madame Junon brune, qui est la femme de votre tuteur. Elle doit le réduire à l’état de prince consort !

— Oh ! pas tout à fait !… c’est-à-dire pas du tout !… Mme Davier paraît altière, intimidante… mais elle a participé à beaucoup d’œuvres très bonnes pendant la guerre !

Miss Daisy, d’un geste, chassa le souvenir de Junon :

— Quant à Clélie, elle est jolie et douce, comme un iris blanc. Sans doute est-elle engagée au jeune homme sympathique ?

Raymonde ouvrit sa boîte à ouvrage.

— Je le crois… et l’espère ! répondit-elle, d’une voix posée. Les deux familles sont liées depuis longtemps. M. Clozel appartient à une lignée de célèbres éditeurs, établie depuis plus d’un siècle, et qui publia surtout des ouvrages scientifiques et médicaux. Il y eut un docteur Clozel qui fut, à l’Académie de Médecine, le collègue du docteur Forestier. Je sais tout cela par Mme Forestier elle-même.

— C’est chez elle que tu avais fait la connaissance de ce jeune homme ? demanda Madeleine.