— Monsieur me permettra de lui demander des nouvelles de sa santé ?… J’ai vu Mlle Évelyne à la messe, dimanche dernier. Je l’ai trouvée pâlotte !

— Elle va bien pourtant, Philomène, et moi aussi, fit le docteur, plutôt agacé de la rencontre.

Philomène avait été femme de chambre de la première Mme Davier ; elle était demeurée à la tête de la maison, jusqu’au remariage de son maître. Mais la nouvelle reine, à son avènement, avait exigé que le docteur éloignât la gouvernante, dont l’autorité acquise eût pu gêner la seconde femme.

Le médecin allait couper là le bref entretien. Une idée subite l’amena à se raviser.

— Philomène, je vous sais charitable et obligeante. Je viens d’assister à un spectacle digne de compassion. Une malade, incapable de quitter son lit, et qui va en être réduite aux soins d’une gamine de douze ans ! Ne sauriez-vous trouver une personne, discrète et honnête, pour aller quelque temps près de Mme Airvault ?

— C’est d’elle qu’il s’agit, s’écria Philomène, flattée de la confiance que lui témoignait son ancien maître. Pardié ! Je ne demande pas mieux, car je la connais. Souvent sa petite a joué dans le parc avec Mlle Évelyne. Sa mère était fière : elle ne parlait pas avec n’importe qui, mais elle était toujours aimable avec moi. Pauvres gens ! Voilà tout le monde contre eux, avant que le juge ait décidé !

— A la bonne heure ! Vous parlez comme une personne de bon sens. En effet, la culpabilité de Raymond Airvault n’est nullement établie. Et j’imagine qu’il sera bientôt relâché, faute de preuves suffisantes.

Fière et contente de s’entendre ainsi approuver, Philomène Pradin se rapprochait, mystérieuse, hésitante, tiraillée visiblement entre la tentation de parler et une sorte de crainte :

— Moi, je crois M. Airvault tout à fait innocent du vol. Il est resté, dit-on, le dernier chez M. de Terroy. En est-on bien sûr ! Il ne devait pas y être tout seul, en tout cas.

— Comment le savez-vous ?