— Mais la petite garde-malade doit manger ?
— Oh ! je sais faire la cuisine, cuire les œufs à la coque et préparer le tilleul. Il ne m’en faut pas plus, dit Raymonde, sérieuse et capable.
Le médecin, touché par la fermeté de l’enfant, lissa, d’une caresse, les mèches ébouriffées, puis serra les doigts ivoirins.
— Je reviens demain ! Patience !
— Docteur, comment vous remercier de vos bontés ! murmura Mme Airvault.
— En suivant mes prescriptions toutes deux ! Toutes deux, vous me comprenez bien ! Autrement, je vous sépare !
Et sur cet adieu, presque enjoué, il sortit.
III
— Hélas ! je le dis en souriant ! mais les séparer serait, en effet, de la plus élémentaire prudence ! pensait le docteur Davier, que poursuivait, hors de la maison, le souvenir de la scène émouvante. Il faudrait éviter que cette petite séjourne près de sa pauvre mère menacée. Mme Airvault se rétablirait, placée dans des conditions propices. Mais les ressources manquent. L’isolement est impossible. Ah ! il n’est pas facile de concilier les exigences professionnelles avec les nécessités, pratiques ou morales, de l’existence ! Voilà le supplice d’un médecin consciencieux !
Il arrivait, ainsi songeant, au boulevard des Réservoirs, quand une vieille femme, bonnet de tulle noir sur la tête, panier au bras, lui barra le passage avec une profonde révérence.